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The Ride…

14 mai 2007

Je vais revenir à quelque chose de plus sérieux, tout en restant léger vous verrez …!

Parmi les centaines de titres écrits par Prince, il y en a forcément quelques uns qui marquent plus que d’autres, qui restent des inpérissables…des incontournables…des titres qui peuvent passer en boucle pendant des heures et dont on ne se lassera jamais (bon ça va, on a compris…) ! Il y en a un pour moi, parmi d’autres, qui relève de ce statut : « The Ride », un blues écrit par Prince dans les années 90 et qui paraît sur l’album « Crystal Ball », une compilation de titres (3 CD quand même) dont je n’ai pas encore parlé. Le blues est hyper rare chez Prince alors que visiblement cette musique est faite pour lui et surtout pour SA guitare. En effet, ce titre sera à chaque fois l’occasion pour lui de laisser libre cours à sa capacité de création « guitaristique » et à sa dextérité sur le manche. La base est simpliste comme dans tout bon blues qui se respecte, ce qui en fait le charme c’est ce qui s’ajoute, voix ou performance musicale suivant la personnalité du « bluesman » qui s’emploie. Parlant de Prince ce n’est pas sa meilleure prestation vocale mais je ne suis pas loin de penser qu’à la guitare il a été trés souvent « habité » pour nous sortir le meilleur. La version du disque est bien mais on a l’impression quand même que c’est le minimum syndical pour lui. Il n’y a pas de version studio à proprement parler, celle du disque est live mais j’ai 3 versions vidéos à vous proposer au fil de cet article. Il y a une version « quasi » studio qui est « époustouflante » comme dirait Begnini et j’invite mes visiteurs qui auraient cette vidéo à me la faire parvenir, Ce serait sympa. Elle est sur le DVD « The Undertaker », j’ai le DVD mais je n’arrive pas à extraire la vidéo….

Quand j’ai dit que j’allais être léger c’est parce qu’en lisant le texte de la chanson et surtout la traduction (une manie maintenant, mais il faut bien aussi s’intéresser à cet aspect de l’artiste), j’ai découvert un texte trés « érotique » ce qui est finalement plutôt rare chez lui tant les textes sont soit trés explicites, soit trés romantiques, soit hors sujet (celui qui me préoccupe aujourd’hui). Je me suis donc un peu intéressé à la poésie érotique et j’avoue que je n’ai pas eu à me forcer beaucoup ;-) ! J’ai découvert tout un univers d’écrivains, des moins connus au plus connus, d’Apollinaire à Mallarmé, en passant par Baudelaire, Jean de la Fontaine ou Diderot, et surtout des milliers d’écrits célébrant ce concept du « ce qui est suggéré vaut plus que ce qui est montré » inhérent à l’érotisme. La frontière au delà de laquelle on devient « lourd » est mince, aussi mince oserais-je dire « que la bretelle d’une nuisette négligeamment retombée sur une épaule féminine »… (j’aurais pu dire « que la ficelle d’un string » mais pour le coup c’eût été moins érotique…). Ce texte est donc dans la « suggestion », pas de phrases crues, pas de mots obscènes, mais un texte qui laisse aller l’imagination et qui cache plus qu’il ne dévoile… ». L’érotisme, a dit Roland Barthes, c’est quand le vêtement baille…

« The Ride » – « Le chemin »…ses premiers mots forment le terreau : « Si tu as le temps chérie, je connais le chemin (bis), où je veux aller, tu seras satisfaite. »  Un chemin…ce chemin peut revêtir deux formes en somme, l’une mentale…l’autre physique… l’invite n’est pas à une promenade sur des sentiers ombragés un après -midi d’été, quoique…sa sentence est claire : là ou j’irais point de salut ! Les sensations doivent être partagées d’où cette « directive », il ne peut y avoir d’érotisme sans partages, deux esprits se fondant en une seule union corporelle quelque soit le temps et les moyens, c’est pas moi qui le dit c’est Bataille : « communauté du charnel, du sentant , du senti ». Robert Desnos aussi l’a dit : « Coucher avec elle, pour le sommeil côte à côte, pour les rêves parallèles, pour la double respiration ».D’où cette notion de temps, tu as le temps, de toute façon je connais le chemin. Chemin…étonnant qu’il ait choisi cette représentation.

Ca peut paraître évident mais combien ne voit que le but sans se soucier du chemin…combien désertent les haltes reposantes pour foncer sur l’objectif tel Hannibal franchissant les sommets…quand il faudrait reculer, s’attarder, feindre l’abandon pour mieux revenir et reprendre le chemin…tu as le temps, je connais le chemin…et comme disait Joachim du Bellay : « Mon âme se fond du désir, dont elle est ardemment pleine, et ne peut souffrir à grand peine, la force d’un si grand plaisir »

Deuxième couplet… »si tu aimes le faire vraiment lentement chérie, j’ai tout mon temps (bis), mais si tu veux prendre un raccourci, je sais ce qu’il faut faire » . Oui, il faut tout de même laisser une porte ouverte, si je puis dire, à la frénésie dont peut s’habiller le jeu érotique et il le dit bien : j’ai le temps, mais juste un mot et la machine s’emballe. C’est pas nouveau cette frénésie chez lui qui pourrait succéder à de longs préparatifs mais on note une soumission inhabituelle chez quelqu’un d’aussi narcissique que Prince ! Aurait-il lu Mallarmé : « Mignonne sais-tu qu’on me blâme, de t’aimer comme je le fais, on dit que cela sur mon âme, aura de singuliers effets ». D’ailleurs c’est en général à ce moment là du titre qu’il se lance dans des solos dont il a le secret et qui sont toujours différents. C’est un des rares guitaristes à savoir faire « parler » sa guitare !
C’est après ces solos souvent gigantesques et qui, pour le coup, tordent le cou aux idées reçues sur Prince (de toute façon pourquoi Bowie, Bono, Jagger, Clapton et Page le tiennent pour le meilleur performer sur scène…) qu’il passe à un couplet trés sibyllin, devient-il voyeur ? « Si tu aimes être seule, j’aime regarder »  On atteint là un des fondements de l’érotisme : le regard et pas comme je disais le voyeurisme . La différence est dans ce qu’il y a derrière ce regard, il semble trouver son plaisir tout autant dans ce qu’il regarde que dans ce qu’il touche. Il termine tout de même sur « Mais si tu veux réellement de l’affection, je te donnerais tout ce que j’ai ». Belle preuve d’amour finalement et qui est aussi une constante chez lui, ce besoin d’amour sincère et profond et qu’il voudrait réciproque. Il n’a peut être jamais trouvé lui même…

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10 commentaires sur “The Ride…”

  1. Lo' dit :

    Hi there,
    Comme toi, j’adore ce titre mais je suis un peu surpris que tu traduises « The Ride » par « Chemin »…. Pour moi, ce blues est beaucoup plus prosaïque : « La Caisse » (au sens de « voiture »). Evidemment c’est moins sex et/ou romantique… Mais je peux me planter… Ou alors tu as raison et on a pensé à tort que le Maître était Témoin de machin alors qu’il était Bouddhiste ! A mon avis, tu as trop intellectualisé le truc (et beaucoup sont tentés de le faire)… Il faut garder à l’esprit que le Maître est un artiste de génie mais que c’est textes, souvent très bons, relèvent également très souvent de la pop la plus basique… Mais ce n’est que mon humble avis… Props 4 the fine work anyway…

  2. Willy dit :

    Salut Didier,

    Pas mal ton analyse même si certains diront que tu t’es
    trop emballé……………………………….
    Ta traduction de « The Ride » est apparemment bonne
    car sur d’autres sites de traduction, il est traduit ainsi.
    « The Ride » est donc bien le chemin mais le chemin de quoi……
    Selon la traduction du reste de la chanson, on pourrait
    croire au chemin de l’orgasme (synonyme du chemin de la
    satisfaction)  mais c’est tellement subtile qu’on pourrait
    croire (aussi) au chemin (dans son étymologique) traduit
    par la voie tracée qui peut être assimilée à
    « la manière de »…………….faire, de se comporter.
    Mais à mon humble avis, je penche pour le « chemin de l’orgasme ».
    Ce qui m’a toujours surpris, sans ignorer l’amour manifeste
    qu’a Prince pour cette chanson (vu le nombre d’interprétations),
    c’est qu’en pleine période « Témoins de Jehovah » en 2002,
    c’est qu’il a interprété cette chanson, à moins qu’il a changé
    les paroles afin que « The Ride » ait cette fois-ci le sens religieux, « Le Chemin » comme dans l’évangile de Jean chap.14 où
    Jésus dit qu’il est Le Chemin, La Vérité et La Vie.
    Je vais me renseigner…………………..

    Hors propos : Je suis entrain d’essayer de me faire une compilation de chansons très orientée Dieu période 1998
    (avec « The Christ ») jusqu’à nos jours.
    Une petite aide (si possible) serait bienvenue.

    PS: as-tu réussi à avoir la version « Undertaker » de « The Ride »
           qui, en passant, est pour moi la meilleure version.
           Si non préviens moi, je te l’envoie

    @+

  3. Lo' dit :

    ‘Lut,

    Willy par pitié ! Parce que « d’autres sites de traduction » ont dit que la neige était bleue… elle est bleue ? Je veux bien croire que l’arrivée des beaux jours vous mette en émoi, mais achetez vous un dico : a ride n’est pas un chemin ! Loin de moi l’envie d’alimenter une polémique stérile… J’espère sincèrement ne pas t’avoir blessé Didier avec mon innocente remarque et si tel est le cas je te prie de m’excuser…. Mais quand même dois-je vous rappeler à vous, fins musicologues, que nous avons affaire ici à un bijou de blues électrique qui n’aurait pas le même impact s’il était « pollué » par trop de flow… Je pense que le Purple Midget a composé sciemment un texte qui respecte ce schéma… Ce qui n’empêche pas, bien évidemment, une lecture « entre les lignes » mais veillez tout de même à ne pas devenir sourd par abus de masturbation cérébrale…. pfff sorry

  4. Lo' dit :

    Me again,

    Merci Didier pour être tellement ouvert au dialogue… voilà un comportement qui se fait de plus en plus rare. Et j’avoue également que la lecture de tes réponses me font admettre que tu as « peut-être » raison… Petit bémol toutefois : nous connaissons assez bien la personnalité et l’oeuvre du Maître pour savoir qu’une, je te cite, « balade en bagnole » n’a absolument rien « d’anodin » pour lui… J’invite Willy le spécialiste des compil’ farfelues à bosser sur une collection de tous les titres et/ou videos dans lequel Prince fait l’éloge du coït dans ou sur des engins motorisés… Sorry again, the devil made me say that !

  5. Lo' dit :

    shame on me ! encore une page de ton blog qui m’avait échappé…. j’en reviens et je vois que le versant X avait déjà été exploité… encore perdu une bonne occaz de la mettre en veilleuse moi… anyway, nous constaterons que le seske est un sujet toujours générateur de nombreux commentaires ;-) ….

  6. Didier dit :

    Tu connais certainement Prince aussi bien que moi pour savoir que le personnage est complexe, intelligent et que si, effectivement, la plupart du temps ses textes sont basiques, il est aussi capable de nous glisser de temps à autre des choses un peu plus subtiles.
    The « Ride », c’est une promenade, un trajet ! J’ai traduit ça en « chemin » parce que le reste du texte m’y invitait. Certains mots, expressions m’incitent à penser qu’il ne s’agit pas simplement d’une balade en voiture. De plus à l’époque, je veux dire quand il a écrit ce titre, il était loin de penser aux Témoins et écrivait aussi « 18 and over », « Pussy Control » ou « Ripopgodazippa ». J’ai lu beaucoup ses textes et j’ai la manie de chercher à savoir ce qu’il a voulu dire (voir mon article sur 3121) et justement je suis certain qu’il faut souvent prendre ses textes sous un angle inhabituel pour discerner ce qu’il a (peut être) voulu dire…
    Mais je veux bien te laisser le bénéfice du doute et avouer que je vois peut être ce qui n’est pas !
    Mais je suis sûr que j’ai raison…quand même…   ;-) )

  7. Didier dit :

    Ca fait toujours plaisir de lire tes commentaires Willy car ils apportent toujours une pierre à mon édifice !!! Par contre…euh…comment dire…je vois qu’y a pas que moi qui s’emballe sur le sujet ;-) ))
    Connaissant (un peu) le bonhomme je suis sûr de ma traduction et de mon interprétation, d’autant qu’à l’époque de l’écriture il était moins coincé qu’aujourd’hui. Et ce qui me conforte c’est l’utilisation du mot « baby », chérie en français. Par contre, en 2002, as-tu remarqué que lorsqu’il dit : « I like to watch », il complète sa phrase par « television », ce qui tend à prouver qu’il tempère un peu le sens qu’il avait donné à son texte pour le rendre plus « religieusement correct ». Ca peut rejoindre ton sentiment sur la « religiosité » du texte. Comme quoi…
    Re-Hors propos :  Je te maile une liste dés que possible !
    Re-PS : J’arrive pas à extraire le passage « The Ride » de mon DVD « The Undertaker », j’ai de la perte en qualité de son ou c’est plus synchro. Donc je suis preneur car effectivement c’est le « Must »

  8. Didier dit :

    Hé Lo…! Rassures toi il m’en faut plus pour m’offusquer et ta remarque ne m’a pas blessé, on peut tout de même débattre et cette polémique est loin d’être stérile tant que le respect de l’autre prévaut. Etre fin musicologue n’empêche pas, justement, d’interpréter de manière libre (j’en ai convenu) un texte plutôt que d’y voir simplement la narration d’un événement plus qu’anodin (une balade en bagnole…)  
     
    Je pense que Prince, qui au milieu des années 80 à la question : « Pourquoi vous arrêtez ? » avait répondu : « Parfois il neige en avril », est quelqu’un de suffisamment « cérébral » pour donner un double sens à ses mots. Mais je te l’ai dit, je conçois tout à fait que tu n’en aie pas la même interprétation. J’y ai juste vu l’occasion de faire un article car ce texte m’a « interpellé »…  
     
    PS : J’adore la masturbation cérébrale, faut juste faire attention de ne pas se noyer le cerveau ;-))

  9. Didier dit :

    Ce qui compte c’est que j’ai pu semer le doute dans tes certitudes…(lol) et tu as « diablement » raison, avec lui, une balade en bagnole n’est jamais anodine…
    Pour la compile il faut être plus clair ! Quand tu parles de coït, tu parles de coït façon « bougies parfumées, lumières tamisées, fourrure devant la cheminée et caresses savamment étudiées »  ou coït façon « j’te prends, j’te retourne et xxxxxxxxxxxxxxxxx ». Non je dis ça parce qu’il a fait les deux dans ses titres, c’est juste pour donner une piste à Willy ;-) (mais il en a pas besoin…) J’en avais fait une, version X, section compiles du blog, mais je crois que le fichier n’y est plus…

  10. Didier dit :

    Non ! ne surtout pas la mettre en veilleuse…si cela te permet de découvrir mes autres élucubrations (j’aime bien ce mot…) ! Quand à la fesse, c’est elle qui mène le monde et pas l’argent comme on a trop tendance à le croire…
    Thanks ! 

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