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Prince’s Girls Volume 1

Jeudi 18 janvier 2007

…Femme, femme, femme, fais-nous voir le ciel…Femme, femme, femme, fais-nous du soleil… ! chantait Serge Lama il y a fort longtemps… C’était un temps où le jeune Prince Rogers Nelson démarrait une carrière en répondant par onomatopées et quelques signes des deux mains dans une émission sur la TV américaine. Je ne sais pas s’il a eu accès à ce texte imparable du « beau Serge », toujours est-il que la femme fait partie de l’univers princier et qu’elle est indissociable de son pouvoir créatif.
Dés 1981, Prince souhaite créer un groupe de filles, un peu à la manière de Rick James et il met sur pied en 1982 un groupe autour de Denise Matthews, groupe qu’elle baptise « Vanity 6 » (parce que lui voulait l’appeler « Vagina »…) et un premier album sort à l’été 1982 avec un hit puissance 10 « Nasty Girl » ! le reste de l’album est assez sympa avec deux autres morceaux notamment que j’aime assez (c’est ma compile, alors je fais ce que j’veux…), « Drive me wild » et son riff de guitare entêtant et aussi « If a girl answers (don’t hang up) » morceau très funky qui colle parfaitement à ce qui passe en boîte à l’époque et avec Prince en correspondant au téléphone. Prince a écrit pratiquement tout l’album et on sent tout le potentiel créatif qui doit bouillir en lui. En raison de problèmes relationnels (trop de filles déjà…) la collaboration avec Vanity 6 cessera avant le deuxième album.
Ce deuxième album, Prince le confiera à un nouveau groupe qu’il crée dans la foulée en remplaçant la chanteuse en titre. Denise cède sa place à Patricia Kotero en 1983 et le nom de baptême sera : Appolonia 6. Patricia c’est cette magnifique jeune femme brune qu’on peut contempler dans Purple Rain. C’est donc en fait un premier album d’Apollonia 6 qui sort en 1984. Là encore un single incontournable va cartonner dans les charts : « Sex shooter » ! Je vous défie de rester insensible à la rythmique ferroviaire de ce morceau tout autant qu’aux galipettes des longues jambes fuselées de la demoiselle Kotero. Aaahhh…cette choré à deux centimes…pourquoi est-ce si beau ? parce que c’est dansé en guêpière noire et talons aiguilles…!!! Autre titre intéressant « Blue limousine ». Dommage par contre qu’il leur ait retiré « 17 Days » (cf ma compile Early years) que je peux mettre en boucle pendant 2 heures…
Jill Jones est déjà un cas nettement à part des deux précitées car il y a un réel talent derrière cette jeune fille et elle va rester dans l’entourage princier durant de nombreuses années, participant notamment et activement à l’album « 1999 ». Prince va lui écrire, après bien des péripéties, un album rempli de petites merveilles et qui sort en 1987. Vous voulez du « pur jus princier » écoutez « Mia Bocca » !!! Ce morceau est ENORME et je pèse mes mots ! Pourtant il a été enregistré par Prince en 1982 mais elle le magnifie par sa voix, une des rares voix qui soit en adéquation avec l’univers musical du Kid de Minneapolis. Une intro puissante et un riff de synthé qui vous marque au fer ! Autre titre écrit au départ pour Vanity 6, le bien nommé « G Spot » et le très soul/funk « Violet Blue » (ne vous fiez pas à l’intro). J’y mets également « Boom Boom » un titre festif et techno qui me fait furieusement penser à la fois à « Baby i’m a star » et également à la période Batman. Prince et Jill se perdront de vue par la suite, ce qui est assez dommage, mais je pense qu’il est tellement « cyclothymique » que ça devait arriver.
Il faut dire qu’une autre libellule papillonne depuis quelque temps autour du roitelet pourpre, j’ai nommé Sheila Escovedo dite Sheila E. Les deux se connaissent depuis 1978, sont de la même génération et dés qu’elle travaille avec Prince, il lui écrit un album. Il faut dire qu’ils ont déjà enregistré ensemble un single « Erotic city ». Par delà ses qualités de chanteuse, Sheila E est une excellente percussionniste qui va accompagner Prince longtemps, s’en éloigner et revenir régulièrement. Personnellement, je trouve qu’elle est la seule qui a peut être « admis » son univers. J’aurais voulu qu’ils s’aiment, se marient et qu’ils aient des enfants, c’eut été une « production d’enfer ». Là aussi, le rôle de Prince dépasse celui du simple producteur et prend plus celui d’un pygmalion. Je n’ai retenu que quelques titres car il faut bien choisir mais le « magasin » est vaste !!! Le premier album s’appelle The Glamourous Life. Le second album Romance 1600. Le troisième est sobrement intitulé Sheila E. Ces trois disques ont chacun de réelles qualités et faire un choix, je l’ai dit, est déchirant ! Donc ce sont mes choix : « The Glamourous life » car c’est tout de même un hit et que lorsque Sheila « do it girl » E se met aux percus, ça déménage ! Prince doit adorer ce titre car il le reprend souvent lui-même en concert. Sur le second album j’ai retenu « Toy box » titre très funky et qui reprend des sonorités entendues sur « Erotic city ». Sur leur troisième collaboration j’ai choisi « Koo Koo » qui n’aurait pas détonné sur le Black album avec ses sons déstructurés. J’aurais pu choisir d’autres titres comme « A love bizarre » ou « The Bells of St Mark » mais il faut bien se décider. La constante dans ces albums c’est la qualité. Prince n’a pas travaillé au rabais et il a réalisé tous ces titres comme s’ils devaient apparaître sur un de ses albums, je pense surtout au disque de Jill Jones et au premier de Sheila E. Par la suite, ses productions ne retrouveront plus, à mon sens, autant de qualités.
J’en veux pour preuve sa collaboration avec Tara Patrick qu’il rebaptise « Carmen Electra », célèbre naïade d’Alerte à Malibu et page centrale de Playboy entrée au panthéon des « petits lapins ». Leur collaboration professionnelle et/ou amoureuse durera quelques années entre 91 et 95 et un seul et laborieux album sortira difficilement en 1993. Il est en accord avec la production de Prince à l’époque (Diamonds and Pearls, Goldnigga) et les titres sont sympas, sans plus. Les raps de Carmen sont assez énervants et on a souvent le sentiment d’avoir des morceaux bâtis avec des « restes » ou des chutes de titres prévus pour les albums de Prince. Disons qu’elle devait l’intéresser dans un autre domaine…J’ai tout de même retenu « Go go dancer » et ses relents de « Cream » pour figurer sur cette compile mais vraiment pour être exhaustif.
Carmen savait…disons… « un peu danser », mais dans ces années là, Prince doit avoir l’œil du chasseur car il rappelle une jeune fille qu’il a connue alors qu’elle est encore une adolescente : Mayté Garcia. Mayté, c’est encore une autre affaire car elle deviendra par la suite sa femme, ils essaieront d’avoir un enfant et longtemps Prince confiera qu’elle est sa muse. Est-ce elle qui lui a inspiré « Get off », « Sexy MF » ou encore « Cream » ? Parce que si c’est le cas, Reviens ! Mayté, reviens !! Alors, on peut apprécier la façon de danser de Mayté, toute empreinte de roulements de hanches et de jetés de jambes, chacun ses goûts ; on peut supporter sa voix à peine plus audible que celle d’un candidat recalé à la « Nouvelle star » ; on ne peut lui retirer que c’est une très belle femme et pendant de nombreuses années elle sera indissociable de la bulle princière. J’ai retenu un titre qui est en fait une reprise du « Brickhouse » des Commodores rebaptisé « House of brick ». Le reste…euh…bof !
J’ai pas respecté totalement la chronologie des faits et je vous jette le reste en vrac sans que cela soit péjoratif bien au contraire, mais ces collaborations sont, ou moins importantes, ou moins impliquées.
En 1988, Prince écrit « Eternity » pour Sheena Easton. Le titre est pas terrible, on dirait du « sous » Kate Bush. Sheena a déjà chanté avec Prince sur « U got the look » et sur l’album « Batman ». J’ai retenu le titre « Sugar walls » qui avait fait scandale à l’époque, en 1984, pour des paroles jugées « osées ». Il est assez sympa, très rythmé, avec plein de petits gimmicks sonores comme il sait si bien le faire. Elle continue actuellement une carrière d’actrice-chanteuse mais n’a plus reparu dans l’entourage de Prince.
En 1991, Prince coproduit l’album de Martika, une chanteuse américaine d’origine cubaine de son vrai nom Marta Marrero. Un single, notamment, fera une honnête carrière outre-atlantique « Love…thy will be done ». Pas de quoi grimper aux rideaux, la voix est trop impersonnelle à mon goût.
« Chaka Khan » ! Je ne vais pas vous faire l’injure de vous raconter qui elle est, car elle fait partie du panthéon soul/funk/rythm’blues au même titre qu’Aretha Franklin ou James Brown. Hormis la reprise « successfull » qu’elle fait en 1984 d’un titre de Prince « I feel for you » (eh oui, c’est de lui), elle a enregistré un album en 1998 sous le label princier « NPG Records » avec notamment le titre « Come 2 my house ». Mais, j’ai préféré mettre le titre « Sticky Wicked » paru sur un album de Chaka en 1988. Le titre est de Prince mais surtout, Miles Davis lui même y joue les parties de trompette et c’est la seule fois où l’on entend, officiellement, les deux musiciens. (Au passage, Prince et Davis n’ont pas enregistré leurs participations simultanément bien qu’ils aient plusieurs fois indiqué leur admiration mutuelle et leur souhait de travailler ensemble…question d’ego sans doute…). Chaka Khan, c’est une voix hors du commun, qui continue son bonhomme de chemin et qui a été « intronisée » aux B.E.T Awards en 2006, avec une prestation de qualité à la clef.
Au même titre que Chaka Khan, Mavis Staples fait partie de la génération qui a vu émerger des labels comme Tamla Motown ou Stax, c’est à dire le berceau de la musique soul. Chanteuse du groupe « The Staples Singers », elle connaîtra de francs succès avec ce groupe et travaillera une première fois avec Prince en 88/89 pour un album, puis sur un titre de Graffiti Bridge. Sa voix est puissante, plus sensuelle que celle Chaka Khan, avec cette raucité qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. J’ai retenu le titre « You will be moved » car il colle parfaitement à la « soul attitude » de Mavis mais également à la « Black attitude » par son côté Gospel.
Pour terminer, Ashley Tàmar Davis, découverte par le public sous le diminutif « Tàmar », a semblé très proche de Prince pendant une bonne partie de l’année 2006. Après de nombreuses prestations communes (Saturday Night live, Good Mornin’ America, Brit Awards ou concert au Nokia Theater), et sans plus d’explications, l’album prévu pour la petite est différé et n’est pas encore sorti. Il est pourtant complet, a un titre : « Milk and Honey » et tout cela reste incompréhensible (à moins que ce ne soit une banale histoire de fesses, n’oublions pas qu’il a divorcé en 2006). Sinon, Tàmar est une jeune chanteuse qui a démarré sa carrière dans le groupe qui allait devenir par la suite les Destiny’s Childs, rien de moins. Je l’ai aperçu pour la première fois lors de la prestation de Prince aux NAACP Awards en 2005 et il semble que Prince ait suivi sa carrière de prés. A nouveau ce côté Pygmalion ?? J’ai deux titres pour terminer ce « dossier » : « Holla and shout » morceau bien funky avec ces petits riffs de guitare 100% princiers et « Holy ground » et ses paroles « en français dans le texte ».
Voilà ! Aujourd’hui il tourne avec ses jumelles, pas celles du turfiste…, non ce sont deux splendides autraliennes « Maya McClean » et « Nancy McClean » plus connues sous le nom de : « The Twinz ». Maya a déclaré récemment à propos de Prince : « Il est vraiment terre à terre comme il a un côté spirituel. Il a le meilleur sens de l’humour et je pense que beaucoup de gens ne le savent pas. Quand il raconte une histoire, il essaie de prendre les voix des gens dont il parle. C’est vraiment cool ! ». Quand on sait que « femme qui rit à moitié dans ton lit » il en a peut être déjà une dans le sien… Il leur écrira peut être un album, on ne sait jamais avec lui…La compile c’est dans l’article suivant…

Vanity 6 - Nasty girl, Vanity 6 - Drive me wild, Vanity 6 - If a girl answers, Appolonia 6 - Sex shooter, Appolonia 6 - Blue limousine, Jill Jones - MiaBocca, Jill Jones - G-spot, Jill Jones - Violet blue, Jill Jones -Boom Boom, Sheila E - The Glamourous life (club edit), Sheila E - Toy box, Sheila E - Koo Koo, Carmen Electra - Go go dancer, Mayté - House of brick, Sheena Easton -Sugar walls, Martika - Love thy will be done, Chaka Khan - Sticky wicked, Mavis Staples - You will be moved, Tàmar - Holla and shout & Tàmar - Holy ground.

Camille…(re-updated)

Lundi 4 décembre 2006
Alors, pour situer cette histoire il faut savoir que Prince, « l’être humain », a de sérieux problèmes d’identité ! Loin de moi l’idée de le psychanalyser mais l’ego du Monsieur est assez démesuré, je suis obligé d’en convenir, mais n’est-ce pas inhérent à tout créateur et surtout n’est-ce pas une nécessité si l’on veut réussir. Il n’empêche, il a pour habitude d’utiliser des pseudonymes (Joey Coco, Jamie Starr, Alexander Nevermind, TAFKAP, The Artist, Symbol, etc…) jusqu’au célèbre changement de nom en un sigle incompréhensif. Camille est par contre une facette spécifique de Prince car censée représenter un double, ce qui n’est pas exactement la même chose !
Qui est Camille ? Un peu d’histoire s’impose car le prénom n’est pas choisi au hasard. Le lien a été établi avec un hermaphrodite ayant vécu au 19ème siècle. Adélaïde Herculine Barbin, appelée également Alexina, voit le jour en France, en Charente Maritime, le 8 novembre 1838 et est déclarée de sexe féminin. Elle va grandir dans une institution religieuse et devenir institutrice tout en restant dans l’ignorance de son état. Elle tombe même amoureuse d’une jeune fille et c’est à ce moment qu’elle/il découvre sa différence. L’hermaphrodisme relève en effet d’une anomalie physique et biologique à la différence de l’homosexualité qui relève plus d’une différence psychologique. Dans notre cas, Adélaïde est élevée dans l’idée qu’elle est une fille mais elle ressent des élans tout masculins pour ses amies, d’où une dualité qui la/le perturbe. Entrée dans l’enseignement, il découvre « physiquement » son état lors d’une visite médicale et est obligé de changer de nom. Il devient Abel Barbin, pense qu’il va pouvoir vivre son amour mais c’est sans compter sur l’atmosphère bien-pensante de l’époque qui va rejeter Abel, le marginaliser et le conduire au suicide à l’âge de 28 ans, dans un modeste appartement parisien. Prés du corps d’Abel, un recueil d’une centaine de pages intitulé « Mes souvenirs » où il raconte sa courte vie et les déboires liés à son état.
C’est le célèbre philosophe Michel Foucault qui re-découvre ce manuscrit en 1975 et permet de découvrir cette histoire. Foucault en parle avec le cinéaste René Féret qui va en faire un film « Le Mystère Alexina » qui sera présenté à Cannes en 1985 dans la section Un certain regard. C’est dans le film que le prénom Camille apparaît, sans doutes pour accentuer la dualité féminin/masculin avec un prénom utilisable pour les deux sexes. Prince aime la France et la découvre à cette époque, tout le monde le sait et il n’est pas exclu qu’il ait eu accès à ces informations et qu’il ait décidé d’utiliser ce prénom pour évoquer sa propre dualité, d’autant qu’en juin 85 il était en France, à la recherche d’acteurs pour la suite de Purple Rain.
Pourquoi ? La dualité revendiquée par Prince n’est pas la même bien entendu. Même si au début de sa carrière, Prince a entretenu (volontairement) le mystère sur ses orientations sexuelles, je ne vais pas me répéter mais le nombre de ses conquêtes parle pour lui et ne laisse planer aucun doute. Mais à l’époque, fin des années 70, il n’est pas non plus impossible qu’il ait été « tenté ». Prince a toujours conduit sa vie à sa manière et plus d’une fois ses réactions étaient incompréhensibles. Par exemple, plusieurs années avant l’album « Parade » il avait laissé entendre qu’il abandonnait la musique. Son producteur ne le comprenant pas, Prince lui avait rétorqué : « Sometimes it snows in april » (Quelquefois il neige en avril)… De la même manière, sur l’album « Controversy » (déjà le titre…) et dans le single du même nom, il dit : « Suis-je noir ou blanc, suis hétéro ou homo, dois-je croire en Dieu ou en moi ». Prince aime ainsi entretenir le doute autour de lui et engendrer le questionnement. En 1986, Prince travaille sur plusieurs projets et il crée cet alter-ego, « Camille », il lui attribue une voix accélérée (déjà utilisée sur « Erotic city »), à mi-chemin entre une voix féminine et masculine. Parce qu’il l’a laissé entendre, certains pensent qu’il s’agit d’une certaine facette de Prince en opposition au personnage « officiel » Je pense surtout qu’il souhaitait encore une fois se démultiplier pour assouvir sa soif d’écriture et de production car n’oublions pas qu’à l’époque, entre 1982 et 1986, reprenez votre souffle, il a :
- écrit et produit un album pour Vanity 6, écrit et produit un album pour The Time, écrit et produit son album « 1999 », écrit et produit son album « Purple Rain » ainsi que le film, écrit et produit son album « Around the world in a day », écrit et produit un album pour The Family, écrit et produit un album pour Sheila E, écrit et produit son album « Parade »…
Parallèlement, il travaille à un triple album qui doit s’intituler « Crystal Ball » et qui se muera en double « Sign O’ the times » ! Sa maison de disques n’en peut plus et l’on sait ce que cela donnera. Il est donc dans l’obligation de se mutliplier à l’envi afin de donner corps au bouillonnement créatif qui est le sien et en plus la qualité reste au rendez-vous. Je ne doute pas qu’il ait voulu donner, à un moment, le sens d’un combat intérieur pour qualifier sa production d’alors, « Lovesexy » étant l’album de la réconciliation avec son âme, mais le reste de sa carrière le démontre parfaitement, son souci premier est d’écrire et de créér comme bon lui semble même si c’est cinq albums par an. Petite anecdote au passage, à l’ASCAP (notre SACEM aux Etats-Unis) les titres déposés depuis prés de 25 ans correspondent à environ deux albums par an !!! Je pense donc que tout ça relève d’une « orchestration » de sa vie créative et qu’il avait trouvé un bon moyen de le faire ; malheureusement ses producteurs ne voulaient quasiment déjà plus le suivre dans sa boulimie. Alors c’est vrai que le livret de la tournée Lovesexy donne une explication assez étrange à cette opposition à Camille à travers son contraire « Spooky electric » créateur du « Black album » et cela corrobore la dualité bien/mal car les textes et la musique du Black album sont très agressives mais le pendant positif semble être l’album « Lovesexy » et pas le projet Camille ! Ma vision est la suivante -et elle peut souffrir la critique ;-))… Le projet « Camille » correspond à une « piste » musicale choisie délibérément (rythmes funk, voix accélérée) avec une justification habile par rapport à Herculine Barbin, le « Black album » représente le côté « Dirty » de Prince que l’on retrouvera plus tard plus ou moins régulièrement et « Lovesexy » une révélation spirituelle !
L’album prévu comprenait huit titres : « Rebirth of the flesh », « Housequake », « Strange relationship », « Feel u up », « Shockadelica », « Good love », « If I was your girlfriend », « Rockhard in a funky place ». Cet album ne verra finalement pas le jour et sept de ces titres seront en fait éparpillés sur les albums suivants hormis « Rebirth of the flesh » resté inédit à ce jour. Bien sûr en bon fan qui se respecte, je l’ai récupéré…
J’ai donc reconstitué l’album « CAMILLE » en y ajoutant ce que je considère comme des bonus et qui correspondent à des titres qui sont, soit ouvertement attribués à Camille comme « U got the look » sur « S.O.T.T », on encore « Love or money » qui est à l’évidence un titre de Camille, voire « Partyman » contemporain de « Feel u up » époque Batman/Joker, tout à fait dans l’esprit de cette dualité. Les autres bonus sont purement des avis personnels ! « I like funky music » sur l’album « New Power Soul » utilise clairement la voix de Camille ainsi que « Baby knows » sur l’album « Rave… » ; volonté ou pas, difficile à dire ; sursaut parano à des moments compliqués de sa vie, là encore le personnage est si complexe… Plus prés de nous, « 3121 » ! le titre recèle des touches de Camille, dans les voix secondaires et il est bien dans l’esprit funky, festif et « clintonien » de la majorité de ces titres. …Et “Scarlett Pussy” (merci Pierre), ainsi que “Come On” (merci Chak)…
…et maintenant le défunt PFUnk devenu F.U.N.K qui lui, est indiscutablement l’expression de cet être névrosé qu’est Camille…

The Early years

Vendredi 27 octobre 2006
…….Les puristes vont me lyncher mais figurez-vous que j’ai eu l’occasion d’écouter il y a quelques semaines le titre “Scarlett Pussy” que je ne connaissais pas, car ce titre n’est sorti qu’en face B d’un titre issu d’un album, et sur lequel il ne figurait pas. Et je me suis rendu compte en fouinant un peu qu’il y a plusieurs dizaines de titres qui ont connu le même destin, à savoir n’être “qu’une face B”. C’est frustrant car quelques titres sont sortis plus tard, sur des compils officielles, mais la grande majorité de ces titres n’a pas connu de large diffusion. Ils ne sont pas connus de la majorité mais seulement des fans purs et durs et des collectionneurs. J’ai envie, non seulement de les connaître, mais de vous les faire partager. J’ai donc fait les recherches qui s’imposaient, contacté des “spécialistes” et je vais vous en livrer le résultat. Le parti-pris a été le suivant : j’ai collationné les titres sortis officiellement en face B sous le nom Prince, Symbol ou NPG, je n’ai pas retenu les versions dites “extended” (sinon j’en finirais jamais), je n’ai pas retenu non plus les “artistes associés” à savoir ceux pour qui il a écrit ! Les titres sont repris dans l’ordre de leur sortie officielle et non de leur création (vous verrez que c’est pas simple avec lui…)
Au bout du compte, j’ai retenu 3 périodes qui me semblent correspondre à trois tournants dans sa carrière : La première que je baptiserais tout bêtement “The Early years” les premières années et qui s’arrête en gros à la période Sign o’the times (1987). En effet, suit alors la charnière “BlackAlbum” et “Lovesexy” et on part, à mon sens, pour une deuxième période qui va aller à peu prés jusqu’en 97/98 que j’aurais tendance à baptiser ‘The Funky years” car c’est l’orientation majoritaire de ses compositions. La troisième période est beaucoup plus sprirituelle et s’oriente de plus en plus vers l’internet, avec non plus des faces B, mais des titres à télécharger. Ce sera donc “the Cyber years” ( c’est fou c’que t’es original en c’moment …)
Voici la track-list de “The Early years” avec dates de création, de sortie et single concerné, plus…mon humble avis (bien entendu, si des visiteurs hautement qualifiés tombent sur des erreurs, surtout qu’ils me le disent)
Le fichier son a été là, maintenant il faut me le demander
Gotta stop (messin about) – Ecrite en 1980 lors des sessions pour « Dirty Mind », elle n’est pas retenue sur l’album et elle est sortie plus tard en mai 1981, en Angleterre en face A avec Uptown en face B, et par la suite en février 1982 en face B de let’s work (album « Controversy »). Naturellement le titre est dans la veine de « Dirty Mind », c’est un titre très rock comme l’album avec beaucoup de synthés et une rythmique très sèche. Allez savoir pourquoi il l’a écartée de l’album…C’est en tous cas la toute première véritable face B inédite de l’Artiste
How come you don’t call me anymore – Ecrite en 1982 lors de sessions en avril pour un album qu’il prépare pour Vanity, elle sortira finalement en août 1982 en face B de l’album « 1999 » qui sort quelques semaines plus tard. Il va falloir vous y habituer, Prince sort ses titres comme il veut, quand il veut et quelquefois pas du tout ! C’est une très belle chanson, comme lui seul sait les chanter, sur une base simpliste de quelques accords de piano acoustique, il pose sa voix en falsetto et en joue comme d’un instrument. C’est ce que j’appelle un titre « mûr », qui reste très moderne, même avec les années.
Horny toad – Ecrite également en 1982 pendant l’été, elle fait partie d’un lot important de titres qu’il met en boîte et qu’il sortira quelquefois plusieurs mois plus tard, voire quelques années . Elle sortira en août 1983, en face B de Delirious (album « 1999 ») dont elle se rapproche beaucoup au niveau rythmique. C’est une mini pépite (2 minutes) dans ce style syncopé qu’il adopte quelquefois comme dans Jack u off par exemple ou plus tard Courtin’ time.
Irresistible bitch – Encore quelques années entre la première mouture de ce titre, en 1981 et la sortie en face B de Let’s pretend we married (album « 1999 ») en novembre 1983. La reprise du titre est heureuse et le son correspond bien à l’esprit qui anime l’album « 1999 ». On est, pour le coup, dans le « vrai » funk, qui cette année là, inonde les ondes radio. Un titre que l’on aurait pu retrouver sur « Sign O’ the times » ou plus tard le « Black album » et qui fait furieusement penser à ce qu’il a composé pour le groupe « The Time » (rappelez-vous : My jungle love……hé…….oh..oui..oh…oui…oh !)
17 days – Enregistrée en décembre 83 avec quelques autres pendant les sessions de « Purple Rain », la chanson sort en juin 1984 en face B de When doves cry (album « Purple Rain »). Un vrai bonheur que ces 4 minutes à la rythmique hypnotisante, aux trouvailles sonores qui vont faire sa « patte » et cette batterie synthétique qui, elle aussi, devient omniprésente et ce, depuis, et pour quelques années.
Erotic city – Fait partie du groupe de titres pré-cités issus des « Purple sessions », elle est sortie un mois plus tard en juillet 84 en face B de let’s go crazy (album « Purple Rain »). C’est un titre très funky qui va beaucoup passer en club et sur lequel Prince accélère sa voix (j’y reviendrais…). Il est inclassable ! un classique à lui seul.
God – En septembre 84, elle sort en face B du célèbre « Purple Rain ». Cette chanson, écrite en mars, parle de Dieu mais pas dans le sens où il en parlera plus tard. C’est une « célébration » classique sur une mélodie légèrement « sirupeuse » avec, par contre, des envolées vocales tout à fait surprenantes !
Another lonely Chritsmas - On est toujours dans les sessions « Purple Rain » et ce titre sort à la suite des deux autres en novembre 84 en face B de I would die for you (album « Purple Rain »). C’est un titre assez puissant même s’il est un peu brouillon dans les harmonies musicales, mais il est, en fait, dans « l’esprit » Purple Rain et annonce un titre comme Nothing compares to U.
4 the tears in your eyes – Là, il faut s’arrêter quelques instants. Fin 1984, Prince a déjà donné 60 concerts de la tournée Purple Rain. Il est contacté en janvier 85 pour participer au morceau « We are the world » célèbre titre écrit pour dénoncer la situation désespérée en Afrique. Or, Prince ne participe pas aux enregistrements, préférant sortir en club ! Il sera d’ailleurs critiqué pour ça. Néanmoins, il écrit un titre pour figurer sur l’album qui suit le single. Il l’enregistre, un soir de février 85, dans une unité mobile, mais la ré-enregistre plus tard en avril 85 au moment de la sortie de l’album « We are the world ». C’est une chanse assez tristounette mais ne l’étions-nous pas à l’époque à voir ce qui se passait en Ethiopie…
She’s always in my hair – Quatrième titre issu des sessions “Purple Rain” à être sorti en face B, c’est le seul qui n’est pas associé à un titre de cet album mais à Paisley Park, titre de l’album suivant “Around the world in a day”. C’est un titre pop/rock assez intéressant et qui prendra une certaine dimension en live car les solos de guitare sont généralement impressionnants.
Hello – Enregistrée fin mai 85, elle sort en face B de Pop life (album “Around the world in a day”). C’est une chanson trés autobiographique qui raconte trés clairement l’anecdote qui a précédé “l’affaire We are the world ». C’est un titre rapide, minimaliste et très techno et qui annonce très nettement la période Batman avec notamment le titre The Future auquel il fait furieusement penser. C’est à croire qu’il a déjà en tête l’ensemble de ce qu’il va composer dans sa vie.
Girl – Ecrite elle aussi pendant l’été 1982, elle sortira beaucoup plus tard, en octobre 1985 en face B d’America titre de l’album « Around the World in a day ». C’est un titre pop-rock qui bizarrement colle bien plus avec ce qu’il fait en 1985 qu’avec l’ambiance de 1982. La rythmique est assez lancinante et annonce des titres que l’on découvrira plus tard sur « Lovesexy » et « Sign O’ the times ».
Love or money – Date de juillet 85 et des sessions pour le nouvel album “Parade”. Le titre sort en face B de Kiss, titre phare de cet album en février 86. Ce titre est un petit bijou funky à la rythmique entêtante, il annonce les sonorités présentes sur « Sign O’ the times » et également sur l’album de The Family. Il est plein de trouvailles sonores et on retrouve la voix accélérée de Prince qui sera souvent reprise pour certains titres. Cette voix est censée représenter une « facette » de Prince baptisée « Camille », mais j’y reviendrais.
Alexa de Paris – Remonte aussi aux sessions de « Parade » et sort en face B de Mountains (album « Parade ») en mai 86. C’est un instrumental, chose assez rare chez notre homme, qui fait la part belle à la guitare et aux cordes. Par instants, avec l’effet de résonance, on se croirait chez Steve Hillage ou le groupe canadien Rush. Intéressant, sans plus.
La la la he he hee – Enregistré en janvier 87, après plusieurs projets avortés qui mettent en avant une capacité de création totalement délirante, le titre sort finalement en tant que face B du titre Sign O’ the times (album « Sign O’ the times) en février 87 . C’est un titre très « clintonien » avec ces chœurs « canins » et cette batterie « aboyeuse ». Je n’ai malheureusement qu’une version beaucoup plus courte que l’originale qui dépasse les dix minutes. C’est en tous cas un titre très festif et symbolique de la facette « black » de Prince.
Shockadelica - Enregistré en septembre 86, le titre sort en tant que face B du titre If I was your girlfriend (album « Sign O’ the times) en mai 87. C’est un titre coulé dans le « funk » pur et dur avec une basse lourde, une batterie martelante, un léger riff de guitare et à nouveau la voix accélérée de Prince. Ce titre n’aurait pas dépareillé un album de Cameo…
Au final, on ne couvre « que » sept ans de la carrière de Prince et on est face à une richesse monumentale de titres dont ces faces B valent largement le détour. Je ne sais pas si la charnière que j’évoquais se situe vraiment à cette époque, il n’en demeure pas moins que voilà 14 titres qui font une compilation fort intéressante pour le néophyte qui voudrait découvrir l’univers princier pendant cette période sans devoir acheter l’ensemble de ce qu’il a écrit durant ces quelques années

Anna Stesia

Lundi 25 septembre 2006

Anna Stesia

Quand j’ai écrit, il y a quelque temps, que cette chanson (sur l’album Lovesexy) était une “perle”, je pense qu’elle mérite même un petit traitement particulier et c’est l’objet de ce nouvel article. C’est peu de dire que c’est une perle, c’est, je pense, le meilleur reflet du génie (reconnu) de Prince et de sa capacité, semble t-il si naturelle (mais l’est-elle vraiment), de composer des mélodies si simples, mais si évidentes, mais si magnifiques. Les quelques notes de piano égrenées dés l’intro vous dressent tout de suite le tableau. C’est vrai, elles semblent toutes bêtes ces notes, aussi basiques qu’Au clair de la lune, mais c’est précisément ce qui en fait la force. Le ton et les harmonies choisis mettent soudain en marche une rythmique envoûtante, mélange de basses, de synthés et de percussions, toute empreinte de mélancolie.
Là où beaucoup se perdent en conjectures, c’est à propos du texte qui est, au moins, aussi important que la musique. En effet, on ne parle pas suffisamment des textes que Prince écrit car on focalise trop souvent sur sa musique, j’en ai (suffisamment) parlé dans ma chronique de 3121. (C’est vrai aussi qu’à moins d’être un anglophone accompli on a du mal à suivre) J’ai donc traduit ce texte avec mes vieux souvenirs d’anglais, un bon dictionnaire et un soupçon d’interprétation, car je sentais bien que dans cette chanson, on n’était pas dans l’ambiance « Kiss » ou « Cream » mais dans quelque chose de plus personnel.
La muse de LOVESEXY c’est, d’après la majorité des informations recueillies, une artiste “protéiforme” répondant au nom d’Ingrid CHAVEZ. Elle est poète, musicienne, chanteuse et photographe (www.ingridchavez.com) Je ne sais pas si elle a inspiré Anna Stesia à Prince, en tous cas elle est qualifiée de “Spirit Child” sur le disque. C’est vrai que l’oeuvre globale est assez orientée vers un affrontement entre le bien et le mal, affrontement qui trouve un écho dans chaque texte.
Revenons à Anna Stesia. Certains ont cru y voir une allusion à la Princesse Anastasia Romanov, héritière du trône de Russie et massacrée avec toute sa famille au début du 20ème siècle. Sa dépouille n’ayant pas été retrouvée, une légende est née sur une éventuelle survie de la princesse, ce qui a donné lieu à diverses apparitions en France et en Angleterre de la soi-disant Anastasia. Pour ma part je ne pense pas qu’il y ait un lien avec le titre. Plus intéressant, le journaliste Adam Liebling dans le journal READ Magazine voit dans le personnage virtuel Anna Stesia la personnification de l’Amour et il fait un parallèle intéressant avec un poème de Charles BAUDELAIRE : “Hymne à la beauté” car il est vrai que les deux utilisent le même procédé à savoir une “prière” à la représentation d’un sentiment (chez Prince) et d’un concept (chez Baudelaire)
J’ai une vision un peu différente (et toute personnelle) des choses bien que proche de l’analyse de Liebling. “Anesthésie” en anglais se dit “Anaesthésia” ce qui phonétiquement se prononce pratiquement “Anastésia”. Je pense donc que Prince a voulu d’abord personnifier une sensation : “l’anesthésie” en en faisant un nom et un prénom “Anna Stesia” ! Je rejoins en cela plusieurs avis émis sur un célèbre forum…Vous allez me dire pourquoi anesthésie ? J’y arrive !
L’anesthésie c’est la privation de toute sensation. De nombreux poètes y voient également une certaine forme d’abandon à autrui ou à d’autres règles. En même temps, ils y voient un sentiment de félicité, voire de béatitude. Prince démarre son texte par deux questions pour le moins désabusées : “Avez vous déjà été si seul au point que vous vous sentiez seul au monde” et ” N’avez vous jamais eu envie de jouer avec quelqu’un, que vous auriez pris…n’importe qui (garçon ou fille)” . Suit le refrain :
“Anna Stesia, viens vers moi, parle moi, emmène moi, libère mon esprit, Dis moi ce que tu penses de moi, porte moi aux nues, rends moi fou, hors de cette dimension”
Prince traverse à cette époque (87/88) une crise “existentielle” qu’on pourrait qualifier plus simplement de syndrome dépressif. Après tout il n’est pas plus à l’abri que vous et moi de semblables épisodes. Sa carrière est pourtant au top, sa tournée “Sign O’ The Times” a été un succès phénoménal, mais je pense que la surenchère de travail qu’il fournit, un disque par an (et pas des moindres), plus tout ce qu’il crée pour les autres, les tournées marathon et peut être des déboires amoureux, l’ont certainement conduit au trop plein. D’aucuns prétendent que cette crise a donné naissance au Black Album qui serait censé représenter le côté négatif de son âme. Moi je pense que ces deux phrases toutes simples veulent dire beaucoup et dénotent de la détresse dans laquelle il est. “Anna Stesia”, représentation virtuelle de l’abandon de soi viendrait alors le libérer, le transporter, le soustraire à sa dépression. Cette interprétation est renforcée par le fait qu’il utilise ensuite la dualité noir/blanc, nuit/jour, semblant penser provisoirement que le Noir est la solution. Il semble qu’il ait écrit ce titre fin 1987/début 1988, aurait-il eu à cette époque des idées suicidaires ? Cette dualité personnifie t-elle plus simplement l’affrontement du bien et du mal comme je l’évoquais précédemment ?
Je suis obligé de parler d’un autre évènement qui semble avoir été également déterminant : celui de la première et unique expérience avec la drogue qu’aurait connue Prince à cette époque. Il semblerait que cette expérience l’ait profondément perturbé (et détourné d’ailleurs) et qu’il ait eu une révélation sur le sens qu’il devait donner à sa vie. Il est vrai que la drogue “anesthésie” en quelque sorte les sensations même si, paraît-il, certaines les transcendent. Beaucoup d’artistes ne pouvaient (ne peuvent ?) créer que sous l’emprise de substances hallucinogènes, drogues ou alcool. Malgré tout, je reste persuadé que l’utilisation de drogues est-elle aussi une forme d’abandon. En fait, on abandonne ses sensations à “autre chose” et l’on n’est plus maître de la situation. Cette dépression supposée l’a t-elle conduit à expérimenter des “paradis artificiels” et cette expérience a t-elle eu l’effet inverse de celui escompté. Rien n’est moins sûr car la “drogue” de Prince serait plutôt le travail. Toujours est-il qu’il a peut être voulu transcrire cette “dérive passagère”. Ces deux hypothèses conduisent de toute façon à la même conclusion.
La suite de son texte évoque une rencontre dans une soirée (mortelle), où “la plus belle fille de la soirée” (ah…son ego revient ?) lui propose un bout de chemin “s’il apprend juste à sourire “. On rejoint là mon sentiment sur sa déprime. Revient alors le refrain qui prend, de ce fait, une autre dimension. En effet, l’Amour ne transporte t-il pas, ne libère t-il pas l’esprit, il peut rendre fou aussi. Il le dit alors :
“Peut être pourrais-je apprendre à aimer je veux dire de la bonne manière …de la seule manière Peut être pourrais-tu me montrer ?”
Je pense qu’il est conscient également, à cette époque, qu’il a un certain pouvoir sur la gent féminine, qu’il est toujours entouré de jolies femmes, qu’il joue de son pouvoir de séduction, mais qu’il est vraisemblablement assez “seul”. L’Amour doit être sincère et ne s’accommode pas avec les tableaux de chasse et les rencontres furtives. Je pense qu’il est tout bêtement en manque d’amour, mais d’un amour sincère et désintéressé. Il le dit, à mon sens, quand il dit : “Si j’étais plus proche de quelque chose, plus proche de ce que tu as de meilleur en toi…plus proche du ciel, plus proche de Dieu”. Certains ne trouvent jamais l’amour car ils sont très (trop…) exigeants ou idéalistes !
Et le texte bascule à nouveau car cette fois la spiritualité transpire du texte et pour la première fois il évoque sa foi (sa rencontre) dans un écrit. Plus tôt, il y a bien eu « The Ladder » qui évoquait à demi-mots la recherche d’un idéal et d’une plénitude que l’on pouvait trouver dans une croyance, et par la suite -et même si le titre est plus « ciblé »-, « The Cross » (la Croix) évoquera ouvertement le caractère salvateur de la foi en Dieu. Néanmoins, on reste dans une certaine notion généraliste (voire simpliste) du message divin. A part ces deux textes, Prince n’a jamais évoqué Dieu dans ses textes, il est plutôt orienté Amour et Romance, et surtout Sexe ! (avec tout de même quelques textes où il s’engage plus sur le terrain politique et sociétal).
Je ne suis pas croyant, ou pour être plus exact je ne le suis plus, l’avais-je été finalement ? Je crois que la foi, la « croyance », ne se trouve sur « commande ». C’est, je pense, quelque chose qui doit être ressenti au plus profond de soi et moi, je ne ressens rien. Il l’a, apparemment, découvert après cette expérience malheureuse avec la drogue et cette découverte aurait été une révélation et lui aurait inspiré l’album. Par delà ces supputations, Prince, à partir de là, continuera d’évoquer de plus en plus ouvertement sa foi, dans ses chansons, c’est donc bien qu’il a décidé qu’il devait en parler. La relation qu’il entretient, par contre, entre l’amour et le divin est plus…comment dire…sibylline (pas claire, si vous préférez). Il semble dire que c’est l’Amour qui rapproche de Dieu. Dans mes souvenirs de cathé, je sais que Dieu est Amour, mais on ne nous a pas appris l’inverse : l’Amour c’est Dieu ! Donc « faire l’amour » c’est se rapprocher de Dieu ! J’ai déjà lu ça quelque part, je ne sais plus où, cette notion qui voudrait que l’acte d’amour fasse toucher Dieu du doigt (si je puis me permettre, Dieu ?). A ce titre, ses dernières lignes, qui servent d’ailleurs de « gimmick » en fin de prestation live, sont assez évocatrices : « Dieu est Amour, Amour est Dieu, filles et garçons aiment Dieu au Ciel »
C’est habile en fait. Il conjuguerait ainsi ses deux préoccupations principales : le sexe et Dieu. Car il ne faut pas se méprendre, quand Prince parle d’amour c’est surtout dans ses composantes charnelles, je ne vous ferais pas le catalogue de ses textes mais pour les avoir lus, il ne fait pas dans la Comtesse de Ségur, lui c’est plutôt ménage à trois, pratiques buccales, et sexe échevelé. Il est même carrément macho dans certains textes et certaines attitudes, mais cela doit plaire à certaines.
Plus la chanson avance et plus le rapport au divin se précise, les dernières lignes étant carrément une « prière » pleine de ferveur et appelant un « sauvetage » : « Sauve moi Jésus, j’ai été un fou, comment ai-je pu oublier que tu es la Règle ? » Cette notion de règle traduit une certaine forme de soumission ce qui n’est pas innocent chez lui car il est connu pour être un « petit chef » et ne s’en laisse pas compter. On revient donc sur la notion d’abandon à une « règle », (à un dogme ?) et donc à l’anesthésie.
La suite tourne à la dévotion et relève véritablement d’une « déclaration »
« Tu es mon Dieu, je suis ton Enfant, Dorénavant je serai enthousiaste, Je serais rapide, je serais fort, Je raconterais ton histoire, peu importe la longueur , Nous sommes juste un jeu dans Ton schéma directeur , Maintenant, Seigneur, je comprends, L’Amour est Dieu, Dieu est Amour, Filles et garçons aiment Dieu au ciel »
Les termes sont forts, ils sont choisis, avec une notion de « parentalité » et ils sont également positifs à l’inverse du thème général de la musique qui est plutôt mélancolique. Là il parle de force, de rapidité, de « parole » qui va être apportée malgré la difficulté, on le sent « apôtre » plus que « fidèle », mais on sent également la soumission à une puissance supérieure. Bon c’est ce qui m’a toujours gêné dans la religion mais mon but n’est pas de réfuter ou soutenir, mais d’interpréter un texte avec mes sensations.
Sans être dans le secret des Dieux, il a du effectivement se passer quelque chose d’important dans sa vie à cette époque pour que cette révélation donne lieu à ce texte. C’est le premier véritablement « orienté » et par la suite, il y reviendra régulièrement, avec les évolutions que l’on connaît, mais celui là reste, parce qu’en live il a pris plus d’une fois une dimension certaine .

Je sais, ça fait beaucoup pour une seule chanson mais je pense qu’elle le mérite ! Ben voilà, j’espère avoir des commentaires, ça m’intéresse de savoir comment vous percevez cette chanson, croyant ou athée, elle ne laisse pas indifférent…