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Just my imagination…

Vendredi 15 juin 2007

D’après les milieux autorisés, Prince fait partie des artistes les plus piratés au monde, car oui… il va bien falloir en parler un jour ou l’autre, même si ses avocats n’ont de cesse de faire suer les malheureux qui s’aventurent à parler ouvertement de “choses interdites” (pirates, bootlegs ou boots), il demeure que c’est un fait avéré, incontournable et ces dernières semaines ont montré que les choses étaient loin de se calmer, atteignant d’ailleurs des qualités qui laissent pantois ! Pirates existent, Pirates nous parlerons donc !

the-trojan-horse En 1988, Prince est en pleine tournée de promotion de l’album “LOVESEXY” dans un “Lovesexy Tour”. Cette tournée le conduit entre autres aux Pays Bas et plus particulièrement un soir, le 18 août, à La Haye, dans un club, le “Trojan Horse”, pour un aftershow devant moins de 500 privilégiés. Le son est parfait pour un pirate et cette “chose” si secrète va devenir LE boot incontournable pour toute une génération d’aficionados. Baptisé aussi “Small Club”, c’est un condensé de covers et de titres princiers comme “D.M.S.R” et “Housequake”.

Je ne sais pas ce qu’il avait ce soir là, à part un paquet d’années en moins, mais on a touché à l’intemporel. Je ne mets pas le concert en entier puisque je ne vais parler que d’un titre mais ceux qui le veulent n’ont qu’à me demander.

En effet, je ne veux parler que d’un titre car il m’a plus “parlé” que d’autres et m’a incité encore une fois, à m’évader par les mots. “Just my imagination” est un titre des Temptations, groupe que l’on ne présente plus. Le titre est écrit en 1971 par Norman Whitfield, un des plus grands producteurs de soul aux Etats Unis. Le titre est considéré aujourd’hui comme une des marques de fabrique à la fois du groupe mais aussi de Whitfield. Eddie Kendricks, membre fondateur du groupe avec Paul Williams assure le chant, tout en falsetto, c’est à dire en voix de tête, dans la droite ligne d’un Curtis Mayfield. C’est une chanson courte (3′51), faite pour les radios, car trés consensuelle. C’est une “chanson d’amour” qui raconte l’histoire d’un gars qui fantasme “softement” sur une femme imaginaire. Les cordes chères à Whitfield donnent le tissu d’une rythmique lancinante qui laisse toute sa place à la voix de Kendricks et des choeurs, quelques touches de guitare, de harpe, de xylophone…le break est un peu pompeux mais à l’époque, c’était la construction classique d’une balade soul. Il n’empêche que la collaboration que Prince aura plus tard sur ses titres avec Clare FISHER qui s’occupe de tous les arrangements au niveau des “cordes”, doit trouver son origine dans le travail de Whitfield, en témoignent des titres comme “The One”. En fait, pour terminer la dessus, vous devez imaginer ce titre avec une fille dans les bras ! je m’explique ! les années 70 étaient l’époque bénie où on pouvait danser ce que l’on avait baptisé fort justement “un slow”, à savoir une danse trés lente, corps serrés où on se contentait de tourner sur place, le but étant surtout de “pécho” une jeune fille. Et bien ce titre est un standard en matière de slows et des comme ça, y en a des dizaines mais justement celui là a été repris par Prince…

Prince reprend donc ce titre ce 18 août 1988, aux Pays bas, lors d’un aftershow d’anthologie. Ca commence par des touches de guitare à la George BENSON et les synthés qui reprennent le travail des cordes. Prince commence à chanter dans sa voix de haut perchée qui a tant fait dans la réputation qu’on lui donnait à l’époque (avec le string et l’imper aussi…) plutôt que de s’intéresser d’abord à la pureté de cette voix et à sa capacité de monter dans les aigues. On est toujours dans la cover classique, hommage appuyé d’un jeune artiste aux “grands anciens”. Et le miracle se produit, je dis miracle car combiner, comme il va le faire, périodes de plus en plus intenses, relève de l’unique…à 2′32″, apparaît en filigrane un autre grand de la guitare, j’ai nommé Carlos SANTANA (je vais y revenir). Il (Carlos…) est dans l’inspiration, dans les sonorités choisies à ce moment là. Nous ne sommes pas dans le plagiat, mais plutôt dans l’hommage éclair à un musicien qu’il admire car à 3′10″, après une montée en puissance des claviers qui donne (déjà) le frisson, “notre” Prince débarque et se lance dans un premier assaut à la guitare o lovesexy_13ù il nous délivre une ribambelle de petites banderilles sonores, qui, loin de nous piquer, nous transportent d’une manière hypnotique à 3′49″, moment qu’il choisit pour faire jouer la pédale d’effets et passer dans une tonalité plus rock, cette fois, ca y est, nous ne sommes plus dans la cover, il est parti et ne s’arrêtera plus…si…en fait, il fait preuve de sa maestria et après une deuxième montée sonore des synthés relayée par le duo basse/batterie, il fait une pause de quelques secondes avant d’arriver à 4′25 où là jaillit l’un des plus grands guitaristes au monde, je n’ai pas peur de le dire, d’autant que d’autres le disent, autrement plus qualifiés que moi. Le second “assaut” démarre et va vous laisser sans voix. C’est à ce moment, peut être, que l’on peut toucher du doigt l’admiration et le “pourquoi” on aime cet homme, et on part pour un peu plus de 2 minutes de magie ou seules, existent les notes qu’il parvient à sortir de son instrument, vous êtes happé, emporté, grisé par le déluge de notes qui vous prend les tripes, les malaxent et, si vous êtes comme moi, vous donnent le vrai frisson, celui qui fait serrer les mâchoires et retenir les larmichettes qui risquent de vous monter aux yeux… puis tel le ciel après une nuée d’orage, l’intensité retombe lentement pour laisser la chanson se terminer, il demande au public de chanter avec lui, il ne peut pas les entendre ? Comment après une telle performance pourrait-on reprendre en choeur avec lui cette chanson ; j’imagine le public complètement envoûté et hypnotisé et qui ne doit pas pouvoir réagir. Et comme d’habitude c’est lui qui remercie…

Quand j’ai dit que Carlos SANTANA était, en partie, dans l’inspiration de Prince, c’est parce que ce titre, joué de cette manière, m’a rappelé un disque que j’écoutais en boucle en 1978, dans les brumes allemandes de mon service national, MOONFLOWER et plus particulièrement le titre “Transcendance”. En effet, les deux morceaux n’ont rien de commun mais sont quasiment bâtis de la même manière, démarrage en douceur, quelques notes de guitare, de claviers, de batterie, une voix haut perchée, une chanson toute simple…puis une montée en puissance des claviers pour déboucher à 2′40 sur un des solos de guitare les plus inspirés de “Devadip” avec des plages stratosphériques ! et comme sur “Just my imagination”, l’intensité retombe pour laisser dérouler tranquillement la fin du titre.

Bon, encore une fois, je me suis détourné du déroulement de mon aventure princière mais je vais m’y remettre…

The Ride…

Lundi 14 mai 2007

Je vais revenir à quelque chose de plus sérieux, tout en restant léger vous verrez …!

Parmi les centaines de titres écrits par Prince, il y en a forcément quelques uns qui marquent plus que d’autres, qui restent des inpérissables…des incontournables…des titres qui peuvent passer en boucle pendant des heures et dont on ne se lassera jamais (bon ça va, on a compris…) ! Il y en a un pour moi, parmi d’autres, qui relève de ce statut : “The Ride”, un blues écrit par Prince dans les années 90 et qui paraît sur l’album “Crystal Ball”, une compilation de titres (3 CD quand même) dont je n’ai pas encore parlé. Le blues est hyper rare chez Prince alors que visiblement cette musique est faite pour lui et surtout pour SA guitare. En effet, ce titre sera à chaque fois l’occasion pour lui de laisser libre cours à sa capacité de création “guitaristique” et à sa dextérité sur le manche. La base est simpliste comme dans tout bon blues qui se respecte, ce qui en fait le charme c’est ce qui s’ajoute, voix ou performance musicale suivant la personnalité du “bluesman” qui s’emploie. Parlant de Prince ce n’est pas sa meilleure prestation vocale mais je ne suis pas loin de penser qu’à la guitare il a été trés souvent “habité” pour nous sortir le meilleur. La version du disque est bien mais on a l’impression quand même que c’est le minimum syndical pour lui. Il n’y a pas de version studio à proprement parler, celle du disque est live mais j’ai 3 versions vidéos à vous proposer au fil de cet article. Il y a une version “quasi” studio qui est “époustouflante” comme dirait Begnini et j’invite mes visiteurs qui auraient cette vidéo à me la faire parvenir, Ce serait sympa. Elle est sur le DVD “The Undertaker”, j’ai le DVD mais je n’arrive pas à extraire la vidéo….

Quand j’ai dit que j’allais être léger c’est parce qu’en lisant le texte de la chanson et surtout la traduction (une manie maintenant, mais il faut bien aussi s’intéresser à cet aspect de l’artiste), j’ai découvert un texte trés “érotique” ce qui est finalement plutôt rare chez lui tant les textes sont soit trés explicites, soit trés romantiques, soit hors sujet (celui qui me préoccupe aujourd’hui). Je me suis donc un peu intéressé à la poésie érotique et j’avoue que je n’ai pas eu à me forcer beaucoup ;-) ! J’ai découvert tout un univers d’écrivains, des moins connus au plus connus, d’Apollinaire à Mallarmé, en passant par Baudelaire, Jean de la Fontaine ou Diderot, et surtout des milliers d’écrits célébrant ce concept du “ce qui est suggéré vaut plus que ce qui est montré” inhérent à l’érotisme. La frontière au delà de laquelle on devient “lourd” est mince, aussi mince oserais-je dire “que la bretelle d’une nuisette négligeamment retombée sur une épaule féminine”… (j’aurais pu dire “que la ficelle d’un string” mais pour le coup c’eût été moins érotique…). Ce texte est donc dans la “suggestion”, pas de phrases crues, pas de mots obscènes, mais un texte qui laisse aller l’imagination et qui cache plus qu’il ne dévoile…”. L’érotisme, a dit Roland Barthes, c’est quand le vêtement baille…

“The Ride” - “Le chemin”…ses premiers mots forment le terreau : “Si tu as le temps chérie, je connais le chemin (bis), où je veux aller, tu seras satisfaite.”  Un chemin…ce chemin peut revêtir deux formes en somme, l’une mentale…l’autre physique… l’invite n’est pas à une promenade sur des sentiers ombragés un après -midi d’été, quoique…sa sentence est claire : là ou j’irais point de salut ! Les sensations doivent être partagées d’où cette “directive”, il ne peut y avoir d’érotisme sans partages, deux esprits se fondant en une seule union corporelle quelque soit le temps et les moyens, c’est pas moi qui le dit c’est Bataille : “communauté du charnel, du sentant , du senti”. Robert Desnos aussi l’a dit : “Coucher avec elle, pour le sommeil côte à côte, pour les rêves parallèles, pour la double respiration”.D’où cette notion de temps, tu as le temps, de toute façon je connais le chemin. Chemin…étonnant qu’il ait choisi cette représentation.

Ca peut paraître évident mais combien ne voit que le but sans se soucier du chemin…combien désertent les haltes reposantes pour foncer sur l’objectif tel Hannibal franchissant les sommets…quand il faudrait reculer, s’attarder, feindre l’abandon pour mieux revenir et reprendre le chemin…tu as le temps, je connais le chemin…et comme disait Joachim du Bellay : “Mon âme se fond du désir, dont elle est ardemment pleine, et ne peut souffrir à grand peine, la force d’un si grand plaisir”

Deuxième couplet…”si tu aimes le faire vraiment lentement chérie, j’ai tout mon temps (bis), mais si tu veux prendre un raccourci, je sais ce qu’il faut faire” . Oui, il faut tout de même laisser une porte ouverte, si je puis dire, à la frénésie dont peut s’habiller le jeu érotique et il le dit bien : j’ai le temps, mais juste un mot et la machine s’emballe. C’est pas nouveau cette frénésie chez lui qui pourrait succéder à de longs préparatifs mais on note une soumission inhabituelle chez quelqu’un d’aussi narcissique que Prince ! Aurait-il lu Mallarmé : “Mignonne sais-tu qu’on me blâme, de t’aimer comme je le fais, on dit que cela sur mon âme, aura de singuliers effets”. D’ailleurs c’est en général à ce moment là du titre qu’il se lance dans des solos dont il a le secret et qui sont toujours différents. C’est un des rares guitaristes à savoir faire “parler” sa guitare !
C’est après ces solos souvent gigantesques et qui, pour le coup, tordent le cou aux idées reçues sur Prince (de toute façon pourquoi Bowie, Bono, Jagger, Clapton et Page le tiennent pour le meilleur performer sur scène…) qu’il passe à un couplet trés sibyllin, devient-il voyeur ? “Si tu aimes être seule, j’aime regarder”  On atteint là un des fondements de l’érotisme : le regard et pas comme je disais le voyeurisme . La différence est dans ce qu’il y a derrière ce regard, il semble trouver son plaisir tout autant dans ce qu’il regarde que dans ce qu’il touche. Il termine tout de même sur “Mais si tu veux réellement de l’affection, je te donnerais tout ce que j’ai”. Belle preuve d’amour finalement et qui est aussi une constante chez lui, ce besoin d’amour sincère et profond et qu’il voudrait réciproque. Il n’a peut être jamais trouvé lui même…

2000-2003 La quête…

Vendredi 30 mars 2007

Allez, je reprends le fil de mon histoire car je me suis aperçu que je me suis égaré depuis quelque temps vers d’autres choses…J’en étais resté à Rave… Quelques mois après la sortie de ce disque, Prince décide de conforter sa présence sur le net par la création d’un site baptisé « npgmusicclub.com ». Ce site, moyennant un abonnement, va permettre de télécharger tous les mois quatre titres inédits. A l’époque je n’ai pas Internet, je ne suis donc pas informé de la chose. Ce n’est que quelques mois plus tard que je découvre « LE SITE » et comme je n’ai encore qu’une connexion à bas débit, je n’aurais pas accès à ces téléchargements. La mise en ligne de ces titres s’échelonnera entre février 2001 et janvier 2002 et je finirais pas récupérer l’an dernier la majorité des titres sur deux compilations qui seront éditées par le Club et proposées en téléchargement payant pour les membres du club. Il faut dire que les choses auront évolué entre temps. En effet, le club évoluera au fils des mois, proposant de nombreux téléchargements en échange d’un abonnement à vie et d’un coût d’acquisition. Enfin, à vie, c’est vite dit car le site est aujourd’hui fermé pour d’obscurs motifs juridiques. C’est dommage car le Club offrait la possibilité d’avoir les places de concert en priorité, et d’assister aux répétitions. Le mode de fonctionnement quand à lui était perfectible, comme souvent quand Prince s’occupe d’autre chose que la musique. Cette période donne donc lieu à la diffusion d’une cinquantaine de titres, pour certains complètement inédits et pour d’autres relativement anciens ou connus des fans, ce qui fera dire à certains que Prince se moque un peu du monde ! …mais on ne peut lui retirer l’originalité du système et la production qui reste de qualité. Les titres ne sont pas des titres au rabais et les deux compilations valent plus que le détour. (Les personnes intéressées peuvent me contacter). La première s’intitule « The Slaughterhouse » et la seconde « The Chocolate invasion ». Je n’épiloguerais pas là dessus car je suis convaincu que toute cette période s’adressait d’abord à ses fans, chose que peu ont peut être compris, aveuglés qu’ils étaient par la volonté d’avoir du neuf et toujours du neuf… le neuf, ils vont l’avoir avec la suite « The Rainbow Children »…
Mi 2002 donc, voilà plus de deux ans que j’attends un nouveau disque ! C’est vrai, on est habitué à un rythme soutenu alors quand il ne se passe rien, on s’inquiète. Bien sûr il y a le club, mais côté grand public : nada ! C’est à ce moment que débarque « The Rainbow Children ». Je pense ne pas me tromper en disant que pour le fan princier pur et dur, il y a, comme ça, des moments incontournables dans l’histoire de notre passion. « Purple Rain » en fut un par l’homogénéité du talent et son caractère révolutionnaire ; « Sign O’the Times » fut le second par la qualité de l’écriture aussi bien des textes que de la musique ; « The Rainbow Children » (TRC) est le troisième car une nouvelle fois un virage s’opère dans son œuvre. TRC arrive à un moment de la carrière de Prince où seuls ses fans les plus invétérés le suivent encore. Les deux derniers « véritables » albums, « New Power Soul » et « Rave un2 the joy fantastic » (malgré leur très grande qualité), ont été des échecs commerciaux aux Etats Unis, toutes ses histoires avec Warner, son changement de nom ont fatigué tout le monde, et son aventure sur le net ne comblent que les abonnés. C’est dire…Et pourtant, son disque va finalement s’adresser à cette minorité car il est d’une telle densité que celui qui attend un nouveau « Kiss » ou un autre « Purple Rain » ne peut qu’être déçu ! Avant toutes choses, ce disque est celui de la spiritualité, il se déroule comme une longue histoire dont la musique est le reflet sonore. Textes et musique sont imbriqués de telle manière que l’œuvre se doit d’être écoutée dans sa totalité, un peu comme les pièces musicales d’antan. Je vous avouerais que lorsque j’ai ôté la cellophane qui enveloppait le CD, j’étais assez fébrile. Je n’avais pas écouté d’extraits, c’était donc la découverte la plus totale (hormis « She loves me for me » qui passait en fond sonore sur le site du club). J’introduis le CD et… Play.

Tout de suite je me dis, merde je suis tombé sur un exemplaire pourri, la voix est grave, ralentie, je ne discerne pas ce qu’il dit, mais à peine ai-je le temps de me diriger vers la platine que des notes de synthé se font entendre accompagnées de roulements de caisse claire et que démarre une mélodie très jazzy qui me fait rasseoir dans mon fauteuil. Un sax prend le relais et cette voix grave revient ce qui m’amène à me dire que c’est normal ! Elle va d’ailleurs être omniprésente car c’est en fait la voix du narrateur. En tous cas, s’il n’y avait les quelques riffs de guitare qui parsèment de temps à autre le début du morceau-titre, je n’ai pas l’impression que j’écoute un nouveau disque de Prince. On dit souvent que la passion vient d’une rencontre inexpliquée et inexplicable avec quelque chose ou quelqu’un. C’est le cas de ce disque, on y plonge ou pas ! Ce morceau ne s’arrête pas, une montée tout en gospel nous amène au break ou la guitare est de retour. Enfin ! Il n’empêche, dix minutes sont passées et mon avis est déjà quasi acquis : Chef d’œuvre ! J’ai face à moi un « cadeau », tout cela n’est pas fait pour la radio, pour le commerce. Ce premier titre est d’une telle richesse musicale, inqualifiable au niveau du style, est-ce du funk, de la soul, du jazz, du reggae, voire du hard sur les dernières mesures ? Pas le temps de me remettre, on enchaîne sur « Muse 2 the Pharaoh » et je reste dans l’ambiance « club de jazz » avec un titre tout en touches de synthé qui prendra une folle dimension « rn’b » (le vrai…) en concert ! Quelques notes bizarres (Xylophone ou percussions caribéennes) lancent un morceau tout en rythmes ensoleillés « Digital garden » vite remplacés par des guitares saturées et très rock ; le récit continue et fait corps avec la musique et l’on finit par se demander ce qui doit être écouté en priorité : le texte ou la musique ? et boum !!! C’est pas vrai ! il a invité James Brown ma parole, mais non c’est bien lui qui chante, pas de doutes. « The Work » nous rappelle que c’est tout de même Prince qui est à la manœuvre et le naturel revient au galop pour un morceau bien funky trempé dans les sonorités « browniennes » des années 70. Mais le texte reprend une nouvelle fois le pas sur la musique et nous entraîne, par les voix de Milenia, dans un titre jazz-gospel « Everywhere », avec un John « The Magnificient » Blackwell tonitruant à la batterie. Trois minutes et démarre « The sensual everafter », la perle émotive de l’album. Il y a quelques titres comme ça, dans sa carrière, qui invariablement me donne la chair de poule. La guitare saturée du début façon Santana, le riff de basse par le Maître (car oui il joue aussi de la basse)…et l’explosion finale dans ces quelques notes… « Mellow » nous replonge encore une fois dans le jazz pour un titre tout en velours. Le débat avait fait rage il fut un temps(…) sur le caractère « Jazz » ou non de ce disque, les puristes se refusant à considérer cette musique pour du jazz. Et pourquoi pas ? ce style n’a pas à être encadré d’une manière aussi rigide et élitiste ! Au moins, la suite ne laisse pas de doutes, « 1+1+1 is 3 le démarrage de la caisse claire met en branle la rythmique « Funk » dont il sait si bien tirer la quintessence. Personnellement, le bouton du volume a tendance à s’affoler quand je l’écoute et en public je me souviens que ça déménageait sévère. Là on est dans l’ambiance « Erotic city » avec ces petites bulles sonores qui parsèment tout le morceau et cette batterie mécanique et puissante (il faut dire que le bras de John Blackwell, c’est ma jambe). Encore deux minutes, « Deconstruction », où le récit supplante quelques nappes de synthé et quelques touches de guitare acoustique avant « Wedding fest » petite « vanne » mozartienne ! Oui quelquefois…il m’étonne, il doit avoir de temps en temps l’esprit potache. On change du tout au tout et on revient à des choses plus proches de lui avec la ballade qui suit, « she loves me for me », petite « promenade » pop tout en guitares. Les trois derniers titres de l’album sont le reflet parfait en 24 minutes, c’est à dire un tiers de la durée totale, de ce que, je pense, représente les trois facettes de Prince et de ses influences. Un titre funk/rock « Family name », un titre soul/rn’b « The everlasting now » et un titre…inclassable, « princier », « Last december », car contrairement à ce que pensent certains esprits chagrins, Prince est un artiste qui « créait » des styles de musique et influençait d’autres artistes. C’est moins vrai aujourd’hui mais j’estime qu’il a bien le droit de se reposer sur ses lauriers, à l’aune de tout ce qu’il a pu écrire et qui est, de loin, bien supérieur à la majorité des artistes connus et/ou reconnus. Ce disque aura toujours une saveur particulière à mes yeux car outre ses qualités intrinsèques qui m’ont fait dire en début d’article que c’est une de ses œuvres majeures, il est indissociable du concert de Paris en 2002 (voir mon report de ce concert section « Live ») et du choc que j’ai eu (premier concert) un certain soir du 28 octobre, lorsqu’il a démarré le concert avec cette même grosse voix et les premières mesures de « Rainbow children »…
Après The Rainbow Children, Prince va encore une fois me surprendre avec cet album seulement disponible en téléchargement pour les adhérents au NPGMusic club. Ce disque est court, à peine 36 minutes, ce qui a fait crier au scandale les adhérents de l’époque (je n’y étais pas encore), car ils estimaient que ça n’était pas un album complet ! Qu’est-ce qu’un album complet ? la qualité se compte t-elle en minutes ? Pour moi c’est un petit bijou, 36 minutes de pur bonheur ! Imaginez Prince, seul au piano, avec à peine quelques touches de basse ou de batterie sur un ou deux titres. Pas de guitares, pas de synthés, pas de boites à rythmes, pas de cuivres, on est vraiment loin de son univers habituel. Et pourtant la magie opère…Je ne vous ferais pas la critique titre par titre, cela ne s’impose pas. Parfois il suffit d’écouter et de se laisser séduire… Fin 2002, la surprise passée du “Rainbow Children” album concept et véritable pied de nez à ceux qui pouvaient croire que Prince était fini, fort d’une tournée gigantesque et reconnue qui passa par Paris pour une journée mémorable, dans la foulée d’un disque intimiste et encore une fois novateur (One nite alone studio), Prince met en ligne sur son site internet (npgmusicclub.com) aujourd’hui fermé (?) une nouvelle oeuvre à télécharger : XPECTATION ! Les neufs titres sont résolument tournés vers le jazz et restent dans l’esprit de ce qui a précédé, l’apport du violon de Vanessa Mae donne une touche “grapellienne” à l’ensemble qui se veut l’oeuvre d’un groupe. Sans les infos on ne sait pas derrière quel instrument se trouve Prince. Les titres commencent tous par la lettre X et sont explicitées sur la pochette (je traduis…approximatif…) :
Xhalation : quelque chose comme de l’air qui est exhalé
Xcogitate : réfléchir ou penser à quelque chose de manière paisible et profonde
Xemplify : pour illustrer ou servir d’exemple
Xpectation : la valeur attendue d’une variable aléatoire, une attente impatiente
Xotica : curieusement inhabituel ou étrangement excitant
Xogenous : utilisé par le corps, originellement à l’extérieur
Xpand : augmenter la taille, le volume ou la quantité
Xosphère : la région la plus éloignée de l’atmosphère terrestre
Xpedition : un voyage entrepris par un groupe de personnes avec un objectif déterminé. A vous de relier ces données avec les titres…
Début 2003 cette fois, il présente “la note” et on l’accepte. A fond dans le trip “NEWS/ONA/XPECT…” ce disque est la compilation de plusieurs titres déjà parus sur le club au compte-gouttes. Là il devient une des oeuvres à télécharger sur le “Magasin de téléchargement” du feu NPGMusicclub. Quatre des cinq titres sont issus d’enregistrements faits lors de la tournée “One Nite Alone” et comme leurs noms ne l’indiquent pas…ils proviennent des villes de Copenhague, Nagoya, Osaka et Tokyo, le dernier titre Empty Room étant un titre ancien remis au goût du jour, allez savoir pourquoi. Peut être pour terminer le titre de l’album puisqu’il est constitué des initiales des cinq titres ! Vous suivez…? Alors je vais faire court car j’ai deux autres articles qui me prennent beaucoup de temps et d’énergie, juste dire que comme Xpectation il faut se plonger dedans, les écouter, encore et encore et la magie opère, vous verrez. C’est trés proche de “N.E.W.S” avec de réelle performances musicales. Le dernier titre est sublimé par la voix de Prince, c’est le seul où il chante, et encore une fois par un solo de guitare comme il sait si bien les faire…

Jill Jones

Lundi 26 février 2007

J’ai un peu de temps devant moi et après m’être plongé dans toutes ces collaborations féminines, j’ai réécouté beaucoup l’album de Jill Jones et pour moi, il se détache du lot très nettement. Il est assez difficile à trouver maintenant, mais quand on cherche bien on trouve. Mais qu’importe la coupe, pourvu qu’on ait l’ivresse… Je vais vous parler un peu de cette jeune femme. Jill Jones est une chanteuse (auteur-compositeur) américaine qui va fréquenter très tôt Prince puisque leur rencontre date de la période Dirty Mind, son troisième album et la tournée qui a suivi. En effet, Jill chante dans le groupe “Teena Marie” qui fait les premières parties de cette tournée (elle fait les chœurs sur “Lady T”, “Irons in the fire”, “It must be magic”) . Prince, séduit par la voix de la demoiselle, l’engage en tant que choriste et elle va ainsi participer à partir de 1982 à bon nombre de titres et d’albums dont l’emblématique “1999″ (également sur les titres “Automatic”, “Free”, “Lady cab driver” en lead). Elle travaille également sur tout l’album Purple Rain et sur le titre “It’s gonna be a beautiful night”. Faisant partie du staff, elle chantera également derrière Sheila E, Appolonia 6, The Bangles et Mazarati. Prince co-écrira pour elle en 1987, l’album “Jill Jones”, qui est bien accueilli par la critique, par le public européen et qui pour moi reste un petit bijou. Un second album devait voir le jour mais restera un projet. En 2001, Jill sort un second album “Two”, qui ne voit aucune participation de Prince. Jill Jones a également participé au travail de Ryuichi Sakamoto et a également accompagné le groupe CHIC.

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Plus précisément maintenant, et grâce à un article de Per Nielsen, auteur de “The Vault” la bible princière, un tas d’infos et d’anecdotes. Jill a effectivement débarqué dans l’univers princier vers 1980 et ne s’est pas placée en groupie fanatique ni en “surprotégée” qui obéit au doigt et à l’œil. D’emblée, elle le trouve arrogant mais reconnaît son talent. Elle-même écrit la musique et a envie d’écrire ses propres textes. C’est surtout la voix qui séduit Prince qui à l’époque n’a que 22 ans et n’a pas encore connu le succès mondial qui va venir. Jill devient une choriste attitrée et elle va apporter une contribution importante à l’album “1999″. C’est le travail réalisé pour Vanity 6 qui va la pousser à vouloir faire son propre album. Prince et Jill écrivent dés 1982 “Mia Bocca” pour faire partie de “Purple Rain” et “G-Spot” pour le futur album de Vanity (avec “Vibrator”). Finalement les deux titres seront conservés pour l’album de Jill. Prince est tellement occupé à l’époque (Purple Rain, The Time, Appolonia, Sheila E etc…) que l’album est encore repoussé. Nous en sommes en 1984 et Jill patiente, elle dira qu’ils étaient tous comme des enfants jouant à un “grand jeu”.En 1985, Prince est un peu plus libre et ils commencent à travailler sérieusement sur l’album de Jill. Ils enregistrent ensemble le titre “Hello” et travaillent sur de nombreux titres. Prince dira sa réelle admiration pour le talent de Jill et surtout pour sa voix. “Mia bocca”, “G-spot” et “Baby you’re a trip” sont envoyés à Clare Fisher pour ajout des lignes de cordes si chères à Prince. C’est vrai qu’elles apportent souvent la touche finale aux titres princiers. Le travail continue en 1986 mais Prince voit bien qu’il n’a pas assez de temps à consacrer à Jill et il confie à David Rivkin le soin de poursuivre le travail. L’album est compilé une première fois en février 1986. Mais Prince n’est pas encore satisfait à 100 % et il passera encore plus d’un an avant que l’album ne sorte en 1987. A juste titre d’ailleurs car des titres pressentis seront supprimés pour laisser la place à d’autres, meilleurs sans doutes, et Eric Leeds apportera sa touche de sax si particulière. Jill est “patiente”, très patiente, c’est lune de ses meilleures qualités dira Susan Rogers; ingénieur du son aux studios de Sunset Sound !
Même si l’ensemble des titres est enregistré comme des titres écrits par Prince (Joey Coco), Jill a participé à l’écriture de plusieurs titres mais elle n’a pas souhaité en être créditée. Dommage car c’est bien la seule qui ait été une véritable “collaboratrice” plus qu’une poupée supplémentaire dans la salle de jeux de Prince. Elle ne le souhaitait d’ailleurs pas et a toujours mis un point d’honneur à se considérer comme son égale. L’album “Jill Jones” est toujours considéré comme la meilleure production de Prince pour un autre artiste et même si ce disque n’a pas eu le succès qu’il méritait aux Etats Unis, c’est l’Europe (comme souvent…) qui lui réservera un excellent accueil.

Il est d’ailleurs toujours très prisé.
La track-list
“Mia Bocca” (ma bouche en italien) est sans conteste LE titre de l’album. Une intro mortelle avec les violons de Clare Fisher qui résonnent comme un “hymne”, la voix de Jill si particulière qui arrive pas à pas, on se demande ce qui va arriver…c’est une rythmique métallique mélangée à des cuivres saturés, un synthé hypnotique…2 minutes et on est accroc pour la vie. Et toujours, une constante chez Prince, des sonorités, des gimmicks qui font le SON princier. “G-spot”, comme son nom l’indique évoque le point G, cher aux sexologues du début des années 1980 qui pensaient avoir trouvé là, le secret de la sexualité féminine !!! Le titre est volontairement ironique, basé sur une rythmique robotique et les paroles sont très “second degré”. Elle chante : ” G-spot, G-spot, où peux-tu bien te trouver ? ” pour dénoncer gentiment la dérive “mécanique” de ceux qui énoncent de telles idées “toute-faites” qui résumeraient le secret de la sexualité féminine à la découverte d’un “point” particulier. La phrase “je suis une horloge, il est 9 heures 15 ” est impayable ! “Violet Blue” est une ballade soul/funk assez jazzy, appuyée par la basse jouée par Prince, les cuivres d’Eric Leeds et Matt Blistan, les cordes de Fisher. La voix est aérienne et la “french touch” de l’accordéon en fin de titre achèvent d’en faire un faire un must.”With you” est une reprise d’un titre du second album de Prince. Elle s’en tire pas trop mal sans atteindre la pureté de l’originale.”All day, all night” est un titre rythmé un peu similaire à “Hello” sur la base basse-batterie et qui évoque aussi un titre comme “America”. J’adore…”For love”…c’est “Girls and boys” ma parole, je suis sûr qu’un “mixage” habile des 2 titres donnerait quelque chose de sympa.”My man” est un titre pop dans la veine de ce qui précède Purple Rain. Il paraît que Prince riait beaucoup à chanter ce titre lui-même, car à l’époque beaucoup le soupçonnait d’homosexualité…”Baby you’re a trip” est une ballade soul typique de Prince. Il écrit ce style de chanson comme vous vous faites un café le matin et chaque fois le charme opère (pour la chanson pas le café…). Le titre se termine sur les premières paroles de Mia Bocca !
Plus tard en 1988, Jill tente de sortir un second album avec l’aide de Chris Bruce. Elle revient à Minneapolis pour travailler à nouveau avec Prince en juillet 1989 mais ce second album ne sera jamais complété surtout parce que Jill et Prince vont peu à peu se “désunir”, le courant ne passe plus vraiment et Jill est trop entière pour n’être considéré que comme un “poulain” de plus dans l’écurie princière. Il ne fut d’ailleurs pas très sympa avec elle au moment de Graffiti Bridge ce qui sonna le glas de leur relation. Durant les années 1990, Jill a continué à travailler avec notamment Ryuichi Sakamoto, Tim Simenon, John Reynolds, et d’anciens musiciens d’Orchestral Manoeuvres in the Dark. Par la suite, elle connut des moments difficiles avec la maladie de sa mère et ses propres soucis. Fin 1999, un nouvel album fut projeté à nouveau avec Chris Bruce ainsi qu’une tournée. C’est finalement en 2001 que sortira “Two”, le second album de Jill Jones. Cet album fait la part belle à la voix de Jill, mais aucun hit n’en sortira. On peut regretter que Prince n’ait pas eu un peu plus de clairvoyance, car elle le méritait…


Ma vie avec Prince

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