Découvrez mes passions au quotidien

Joyeux Noël !

Jeudi 24 décembre 2009

JOYEUX NOËL

A TOUTES ET A TOUS !!!

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Petit aparté en forme de soutien !

Mardi 27 octobre 2009

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[audio:vdszoo.mp3]

Ceux qui me lisent depuis le début savent ce qui m’intéresse en matière de musique…enfin à 99 % !!! Ils savent donc que le rap n’est pas forcément ce que j’écoute le plus. Un peu d’IAM…de 2PAC…du Snoop…mais point trop n’en faut ! J’écris ce petit mot de soutien à un groupe de rap de ma région, car je l’ai promis ;-) mais aussi parce que j’ai vu plusieurs fois ces jeunes gens en live et que…ça l’fait !

Découverts l’an dernier en accompagnant ma « descendanse » à un concert, j’ai trouvé les textes intéressants. Loin de l’image…soit, « renégats rebelles réduits à des rimes relous »…soit, »boeufs bling bling bardés de boobs »…ces p’tits mecs alignent quelques titres qui parlent de notre minuscule morceau de France : le Val de Sambre (VDS pour les affranchis…). Val c’est un bien grand mot vu qu’on a pas d’montagnes mais bon…on s’en accomode…Val de Sambre, région sacrifiée en son temps sur l’autel de la rationalisation industrielle qui a laissé derrière elle des milliers de chômeurs et de familles dans la précarité.

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Faut être sacrément accroché à cette région pour y rester et avoir une belle dose de « ch’ti feeling » pour la trouver encore séduisante…

Mais face à la résignation des anciens, la jeune génération se lève et reprend le flambeau du combat pour que leurs voix soient entendues…à leur manière…rap…danse…graf…etc.. (à découvrir sur SECTEUR 7)

100_2643Laissez moi vous présenter ce groupe de jeunes rappeurs issus du VDS et réunis en « FEINIX CREW », j’ai nommé « Stefunking », « Boskomat » et « AL-20″ des pseudos bien connus maintenant sur la scène rap régionale. En témoigne, ce premier album uniquement disponible sur leur page myspace ou peut être sur Lille et Valenciennes (FNAC). Je le dis sans ambages, ce premier CD est très bien, je l’écoute souvent et il y a quelques titres que je trouve même d’un très bon niveau comme « Coup bas », « VDS Zoo » (en écoute là haut…1st flow : Stefunking, 2nd flow : Boskomat et 3rd flow : Al-20) et surtout « La plume », un trés beau texte sur l’écriture ! J’aime aussi « le poids des maux », texte âpre sans être violent…et aussi « Ma terre » jolie parabole sur le déracinement…!

Souvent rejoints par d’autres faiseurs de mots…Ultim D…59Kartel…MC Metis…tout ce petit monde balance une sacrée énergie et une joie de vivre communicative car même si le quotidien est parfois difficile pour bon nombre d’habitants du VDS, pleurer sur son sort n’a jamais servi à rien !

Bref, pour quelques euros, vous aiderez ces jeunes à poursuivre leur mission : « Nous faire bouger la tête…et c’qu’y a dedans ! » C’est là : FEINIX CREW Ouh Haaa !

Trojan Horse…

Dimanche 31 mai 2009

Cet article était présent au départ du blog en 2006…puis il a disparu…et je l’ai retrouvé…

Vous connaissez tous la légende du Cheval de Troie, en voici une version un peu différente de celle d’Homère ou de Virgile.

En fait Troie était une petite ville prospère située sur les Côtes du Nord de la France, entre Dunkerque et Bray-Dunes, dans le Détroit des Fricadelles.

PRIAM, baptisé « Le Roi d’la Frite », y t’no eune dizaine de baraques à frites, c’est dire qu’il avo des sous…L’fils aîné, c’éto PARÎS mais tout l’monde l’appelo « tiot biloute ». Il trouvo pas d’femme, du coup il a été vire APHRODITE qui t’no un sex-shop din l’vieux Lille et elle y a dit : »t’as quà aller à Boulogne voir d’ma part HELENE, c’est eune vielle copine et c’est eune belle femme ». Tiot biloute y va à Boulogne et y voit HELENE : « Vindieu ti ! Qué feume ! » qu’y dit in l’voyant ! Seulemin, HELENE sto mariée avec MENELAS « le Roi d’la Moule » et il avo des sous étou. Mais tiot biloute y l’avo d’la r’ssource, il a dit à Hélène : « ti t’as les moules, mi j’ai les frites, on va s’faire des couilles en or tisote » et il l’a emm’né à Troie.

Tieu ! ti, MENELAS y s’a mis in rage et il a appelé s’frère AGAMEMNON qui fait del Carbonad’ Flamande in boite du côté de Coudekerque. Ni une ni deux, AGAMEMNON y dequin su Boulogne pour que MENELAS y raconte toute l’histoire. « Qué fumier c’te PRIAM » qu’y dit AGAMEMNON « attin, frère, j’m'in va y r’monter les bertelles à PARÎS, tu vas vire ! ». Du coup y va chercher s’camarade ACHILLE qu’éto toudi din les mauvais coups et zé vla partis vers Troie. Mais l’voiture a AGAMEMNON c’éto eune vieille SIMCA 1100 et y sont jamais arrivés là bas tant et si bien qu’y se sont arrêtés à Calais (y z’ont calés à Calais quoi…). El femme à ACHILLE les a r’joint car elle pouvo pas s’passer d’homme et comme ACHILLE i l’avo eune belle moustache qui pique et qu’elle aimo bin ça, y sont partis à deux.

El pov’ ACHILLE du coup il est r’tourné su Saint Omer où il est brasseur de bière in s’disant : « em’nomme i ma roulé, y z’ont qu’à s’démerder ! ». El temps a passé et un jour su l’braderie d’Lille, vla t’y pas qu’ PARÎS et MENELAS y queille nez à nez. « Rin mé m’feume ! » qu’i dit MENELAS ! « Coucouille ma tante » qu’i répond PARÎS et zé vla partis à s’battre com des chiffonniers. Comme y n’ont nin réussi à s’départager, y sont rintrés chacun d’leu côté. PRIAM il l’avo un aut’ gamin…HECTOR qui s’appelo et quand il a vu l’tiète de s’père qui re’ssemblo à un chou-fleur, il a pris s’manche de pioche et il a sté vire ACHILLE pour y faire s’n'affaire mais comme HECTOR il l’éto myope comm’ eune taupe, y s’a trompé et il a tellemin tapé fourt su l’tiète d’un copain à ACHILLE qu’il l’a toué !

ACHILLE y dit comme ça : « C’tila vindieu y va l’payer, il a buté m’camarade de régiment, j’m'inva y rinde l’monnaie de s’pièce » !  Y file à Troie et y rattrape HECTOR, il y fout un coup su s’gamelle, il l’attache à s’carette et il l’traine ainsi jusqu’à chez PRIAM. Vindieu, PRIAM y braiyo, y braiyo in disant : « Rin mé m’gamin, rin me m’gamin ! ».

Voyant ça, tiot biloute il a ses nerfs qui s’enerf, il court au cul à ACHILLE tout in prenant un tuteur à choux de Bruxelles qui traîno din l’gardin et vlan, il l’lance en plein dans l’tendon d’ACHILLE qui queille raide mourt. Du coup tout l’monde rintre à s’maison pour interrer ses gins et pour braire (et boire un coup étou…) Mais MENELAS y n’avo nin dit s’dernier mot, y rameute ses copains d’école et y dit « Mezommes, c’est nin parce qu’y sont d’min coin que j’vas nin l’z'avoir, on va faire eune descente à Troie ! ».

« A trois ? » qu’y dit ULYSSE l’meilleur copain d’MENELAS. « Mais non babache, à Troie ; d’ailleurs on y va à sept ! ».

« A Sète ? vindieu ti cé long par rapport à ichi » qu’y dit Ulysse. « Tiou, tu m’enerf ULYSSE, téche té, té vraimin un boubourse, t’aura qu’à suivre ! »,

« Oh pis non, j’ai eune aut’ idée, on va louer un bus aux Cars Valenciennois et on va l’mettre en peinture comme eune baraque à frites géante, on va s’muchi ed’din et on va yeu faire el’surprise de leu vie ! » Et c’est ainsi qu’un soir, y sont tous arrivés, MENELAS, AGAMEMNON, ULYSSE et les autres din l’bus qu’éto tout décoré. El chauffeur il a garé l’bus sur l’place du beffroi in disant qu’c'éto in cadeau du Roi d’la Moule au Roi d’la Frite. PRIAM y sa nin méfié et il a dit : « Bon on ravisera ça d’main ! » Mais din l’nuit, y se sont tous spittés du bus et y z’ont toué PRIAM et tous ses amis. Quelle affaire vousote !

PS 1 : Vous avez compris que cette histoire n’a servi à rien d’autre qu’à mettre à votre disposition l’aftershow qu’il faut avoir et que j’avais promis de mettre…

PS 2 : …néanmoins cette histoire est rigoureusement exacte dans les faits qu’elle rapporte, seules les circonstances et le langage ont changés…!

PS 3 : Lexique pour les non ch’timis étou veut dire aussi ; un verbe se terminant en « o » signifie qu’on s’exprime au passé exemple « il avo » – « il avait » ; « dequin » veut dire descend, « toudi » veut dire toujours ; « queillir » veut dire tomber ; « braiyo » du verbe braire veut dire pleurer ;  « Babache » ou « boubourse » = benêt ; « téche té » = tais toi ; « muchi » = caché ; « vire » = voir, « raviser » = regarder, « spittés » c’est sauvés dans le sens de la fuite….etc…etc…si vous ne comprenez pas certains mots ou tournures de phrases, demandez-moi !   ;-)

News…

Samedi 21 mars 2009

Ayant décidé de reprendre le clavier…je me suis dit qu’il restait encore quelques albums dont je n’avais pas ou peu parlé (je dois toujours revenir sur S.O.T.T…) N.E.W.S fait partie du lot. Album sorti en 2003, N.E.W.S (pour North-East-West-South…) est une œuvre totalement instrumentale composée, donc, de quatre titres d’une durée égale : 14 minutes ! Le ton est volontairement orienté «jazz », avec toute la précaution d’usage quand j’utilise ce terme, et rappelle les meilleurs moments de Madhouse, expérience jazzy de Prince de la fin des années 80.

J’écoute souvent ce disque et notamment le premier titre…NORTH…car systématiquement, lorsque je l’écoutais, mon esprit vagabondait et des images s’imposaient à moi…suivant le déroulement du titre. J’ai donc essayé de retranscrire ces images par des mots et de raconter une histoire…une réflexion…une expérience…appelons là comme on voudra. Le challenge était de « coller » à la musique à travers le texte ! J’ai donc besoin, cette fois ci, de votre concours ! Il ne s’agit plus, seulement, de lire tout ce que ma passion peut inspirer mais de vous immerger (le mot n’est pas de moi ;-} …) dans la musique et dans les mots !!! Je vous invite à une expérience à laquelle vous allez adhérer…ou pas…je suis prêt à l’accepter !!! C’est un peu un…délire existentialo-sensuel d’où son classement dans ce chapitre du blog !

Le rythme de lecture est important…pas trop lent…pas trop rapide…j’oserais dire une lecture normale. Je mets des petits repères 0+> qui marquent les minutes…après…vous faites comme bon vous semble, mais c’est que l’ensemble a été conçu avec cette adéquation du texte et du son !

…y’a le petit lecteur ci contre…! [audio:01-north.mp3]

Et surtout, si vous vous lancez dans l’expérience, un petit commentaire sera le bienvenu, ça m’intéresse au plus haut point !!! Prêts…

Grise…la ville est grise…elle a revêtu un manteau qui lui sied à merveille…la pluie est grise…les immeubles sont gris…à croire que la couleur a déserté ce lieu…même la lumière est grise, et bien que par endroits le ciel se teinte de lueurs fugaces, cette terne grisaille reprend vite le dessus et annihile toute initiative  chromatique ! Le trottoir le dispute aux murs…les murs aux toits…les toits au ciel et ce dégradé de gris laisse l’illusion d’une palette de couleurs qui n’en est pas une…de temps à autre une flaque d’eau laisse à croire qu’un peu de lumière traverse l’espace mais il n’en est rien…ce n’est qu’un éclair subit dans cet uniformité monotone ! Et cette pluie qui tombe sans relâche achève de colorier la ville de cette teinte si amère…sans saveur en fait…sans vie presque ! Seules quelques touches immaculées parsemées sur les murs des bâtiments la sauve du noir total…du néant…de l’oubli ! Quelques halos blafards et réguliers tentent bien de vaincre cette obscurité en devenir mais telles des lucioles, ils ne font que poser, ça et là, des touches pastel qui sont bien dérisoires face à cette force tranquille ! Elle le sait d’ailleurs cette ingrate, elle sait qu’elle est invincible et ce combat est faussé…inégal et hypocrite car tout est joué d’avance…quand le gris s’installe…il ne sert à rien de lutter…toute résistance est vaine ! 0+> Il sait ça…lui…cet homme qui erre dans cette ville…il le sait bien lui aussi…il a renoncé d’ailleurs…se vêt de noir pour tenter de défier ce gris universel mais cette insolence est finalement si futile devant l’implacable ! Même son pas reflète cette nonchalante résignation…il est lourd sans être pesant…triste sans être accablé…il est juste à l’image de cette teinte qui enveloppe la ville. Et il ne voit pas les autres…ceux qu’il croise dans les rues…ceux qui luttent…ceux qui essaient encore…ceux qui n’ont pas compris…il ne les voit pas ou ne veut pas les voir ! Certains semblent joyeux pourtant…il devrait peut être les prévenir mais à quoi bon…ils le découvriront bien assez tôt. Ils sauront eux aussi, que le gris envahira leur quotidien, qu’ils devront vivre avec, au mieux s’en accommoder…au pire y sombrer ! Qu’ils conservent leurs illusions…lui n’en a plus depuis longtemps ! Les illusions…c’est comme un feu de cheminée…tant qu’il subsiste une braise on s’y raccroche et on fait mine d’y croire alors que l’on sait pertinemment que la partie est perdue ! Et quand les illusions ont disparu, ne restent que les certitudes et leur singulière, et parfois cruelle, vérité ! Celles qui vous font avancer dans la vie…malgré tout…mais que ne donnerait-on pour retrouver des illusions ? 0+> Et pourtant…notre monde n’est-il pas qu’une gigantesque illusion ? Où quelques-uns uns décident pour la multitude…multitude qui s’illusionne d’ailleurs sur la bonne volonté de ces « quelques-uns uns »…Peut être s’interroge t-il tout simplement sur sa vie…sur LA vie…sur cette vanité si humaine qui au final pousse les hommes à se mentir…à se trahir…à se déchirer…à s’entretuer ! Cette vanité qui les empêche de respecter l’autre ! Cette vanité qui, partout, impose la plupart du temps cette loi du plus puissant ! Cette vanité qui finit par apporter le malheur, la destruction et la mort…et cette vanité finit par contaminer notre monde et à le rendre fou ! Peut-il faire quelque chose pour empêcher cela…Que peut-il, lui, petit grain de sable perdu dans l’immensité planétaire ? N’a-t-il pas, lui aussi, des élans de vanité ? Est-il exempt de tout reproche ? Oui…il se dit qu’il respecte ses semblables…mais fait-il toujours tout ce qu’il devrait ? C’est que la bonne conscience est une alliée de choix…une alliée qui quoi qu’il arrive, le tire toujours des griffes de la suffisance et lui garantit ce semblant d’objectivité ! C’est qu’il garde aussi espoir…un espoir certes ténu…intangible…mais un réel espoir de voir enfin ses semblables se respecter et respecter leurs différences…dans un monde où l’espoir aurait remplacé l’illusion ! 0+> Espoir/Illusion…Illusions/Espoirs…il est comme tous les autres…ballotté entre les deux, sans cesse et sans relâche…tiraillé par l’une…torturé par l’autre…refusant cette certitude qui, il le sait, va l’achever ! Alors il se laisse guider…emporter par ces sentiments contradictoires et le manège se transforme en tourbillon et il n’est plus ni guidé…ni emporté…mais manœuvré par eux. Il n’a plus prise sur sa vie…oscillant entre le mirage de l’illusion et la folie de l’espoir…naviguant sur leurs flots hypnotiques tel un radeau abandonné…s’abandonnant même à leur subjectivité naturelle…et alors il ne maîtrise définitivement plus rien ! Il se laisse griser par ses illusions sur la vie…la mort…l’amour…ça ne l’empêche pas d’espérer, de croire…mais l’ivresse de l’illusion est si tentante…si proche…si facile ! Comme une drogue, elle le projette dans un monde où tout devient possible…où tout est facile…où tout est à portée. Pas comme dans cette ville…où il n’y a pas de place pour elle…où tout est planifié, réglé…où il n’y a de place que pour l’intangible ! Perdu dans ces pensées, il ne remarque pas cette tache écarlate…tranchant sur tout ce gris…que lorsqu’il est à sa hauteur…et il s’arrête non loin pour contempler la femme qui se cache dans cet ample manteau rouge ! 0+> Et il la voit…et il la regarde…et elle l’ignore superbement, elle-même perdue dans ses pensées semble t-il ! Mais l’est-elle vraiment ? Le regard errant sur l’horizon, elle laisse flotter sa chevelure dans la tourmente qui peu à peu se calme, son regard à lui n’arrive pas se détacher de cette apparition ! Et son imagination prend les choses en mains, son envie de séduire cette femme est immédiate ! Est-ce cette aura de sensualité qui irradie littéralement dés qu’elle esquisse le moindre geste ? Est-ce ce parfum envoûtant, sucré et ses effluves qui l’ont happé au passage lorsqu’il l’a croisé ? Est-ce ce regard clair et pénétrant dont il a perçu l’intensité à peine quelques secondes ? Est-ce ce corps ferme et nerveux dont il devine presque les courbes malgré le vêtement trop ample ? Et pourtant elle continue à faire comme si elle ne l’avait pas vu, comme s’il était insignifiant, comme s’il n’existait pas ! Et pourtant lui sait qu’elle a senti son regard peser sur elle et que cette feinte ignorance n’est qu’un élément du jeu qui s’installe ! Et pourtant son beau visage se tourne lentement vers lui quelques instants semblant regarder bien au-delà de sa présence ! Et pourtant lui perçoit cet intérêt soudain et singulier, déguisé par ce regard dans le vague qui fait mine de s’échapper ! Un jeu…il s’agit bien d’un jeu…un jeu de séduction…quand le regard est encore omnipotent…avant que la chair ne prenne le dessus ! 0+> Car les yeux glissent sur ces courbes révélées maintenant dans son esprit par la magie de son imagination et ses yeux redoublent d’attention car ils sont ses premiers envahisseurs à fouler cette terre inconnue ! Ils glissent… telles les gouttes de pluie et leur parcours chaotique sur une vitre sale, ils ne savent vers où se diriger, ils ne savent quel endroit préférer à un autre ! Celui ci est si tentant, oui mais celui là semble si doux ! Celui-ci doit être tendre, oui mais celui là d’une fermeté si agréable ! Pourquoi ne pas choisir celui là qui appelle à davantage que les yeux ? Parce que celui ci brûle de ne pas être touché ! Pourquoi vouloir s’attarder à cet endroit quand son voisin tremble d’impatience ! Ressent-elle ce regard qui devient plus pesant…plus pressant…plus envahissant pour qu’elle se tourne imperceptiblement vers lui et lui offre plus que ce que laissaient présager les virevoltants mouvements de son manteau ? Sinon pourquoi s’appuyer davantage sur la rambarde longeant le quai où elle s’est arrêtée tout à l’heure ? Et pourquoi replacer les pans de son habit en des gestes lents et eux-mêmes caressants si ce n’est pour attirer l’œil davantage ! Oui…et pourquoi ces mains enfouies au sein de sa chevelure qu’elle déploie d’un mouvement souple et libérateur ! Pourquoi ce pied qui se relève lentement sur la pointe…dévoile le galbe du mollet et cambre s’il le fallait, la chute de reins ? 0+> Pourquoi…si ce n’est pour garder la maîtrise du jeu qui s’est installé ? Mais lui est déjà passé à un autre stade…un niveau où le rêve va le disputer à la réalité et le faire voyager de l’un à l’autre…un niveau où tout devient charnel… un niveau où les corps vont parler…un niveau où les mains vont remplacer les yeux…car ses yeux ont perçu une image immédiate…aussitôt vue…aussitôt remplacée par une autre…ses mains, elles, veulent percevoir une autre dimension…celle où la peau va se révéler, celle où le contact va transmettre les sensations, celle où les ressentis de l’un et de l’autre vont se croiser, se mêler, se démêler, ne faire qu’un…pour mieux se séparer…pour mieux se retrouver ! Il voit son corps maintenant et ce qu’il voit dépasse ce qu’il avait imaginé…il touche son corps maintenant et ce qu’il touche dépasse ce qu’il n’aurait osé imaginer…ses mains reprennent les traces laissées par ses yeux et tentent de donner une réalité physique à ses souvenirs ophtalmiques…mais il n’y parvient pas tant ce qu’il ressent supplante ce qu’il a vu…tant le grain chaud et satiné de sa peau lui fait oublier qu’il a des yeux et l’oblige à être tout entier l’esclave de ce qu’il découvre, à ne plus vouloir détacher ses mains de cette peau qui le rend fou ! 0+ > Ces mains qui savent désormais qu’elles garderont le souvenir inaltérable de la douceur de ce corps, de chaque parcelle explorée et découverte, mais aussi de l’avant-goût de celles qui resteraient inconnues. De la hanche si ronde, elles cherchent ailleurs encore plus de rondeur et elles se font pressantes et de plus en plus impatientes à chercher l’inaccessible. Mais plus elle cherche…et plus la peau se satine…et plus l’ivresse des sens le gagne…et plus il s’enhardit car cette ivresse le grise de plus en plus…les mains passent sans plus de détours des cuisses nerveuses à la taille…du creux de l’épaule à la nuque si tendre…du bas du dos si cambré au pli de l’aine si accueillant…ces mains qui pensent terminer leur périple sur le ventre pour s’y poser…s’y reposer et qui découvrent l’impensable ! Encore plus de douceur ! Et paradoxalement la douleur s’installe… celle de devoir se contenir pour ne pas mordre cette chair si tendre…emporté comme il l’est pas ses instincts devenus primaires…ce désir animal…car le plaisir devient douloureux…presque une torture tant il l’étreint…plaisir/douleur…il ne sait plus quel sentiment supplante l’autre… des envies de chavirer et d’envahir le taraudent…et des envies de possession s’imposent maintenant à lui…0+> Et ses mains enserrent maintenant…elles pressent…pénètrent la chair pour mieux la ressentir…pénètrent ce corps qui a depuis longtemps rendu les armes et se tend sous la violence des gestes…se braque et se refuse pour aussitôt mieux s’offrir encore à cette envie devenue si hargneuse…presque mauvaise…cette envie qui a fini par enchevêtrer les corps, les lier telles les racines d’un mal si agréable, les nouer dans ces mouvements saccadés et hystériques…cette envie qui donne le vertige et leur fait oublier toute conscience et toute retenue…cette envie qui oblige leurs mains à se repousser sans cesse les unes aux autres pour essayer d’apaiser cette sourde violence mais les rapprochent malgré tout pour reprendre aussitôt leur sarabande effrénée…cette envie qui n’a plus rien à voir avec le désir mais plus avec la faim…cette envie qui, par endroits, fait perler le sang et donne aux baisers ce goût ineffable…cette envie qui n’est plus envie mais juste un cri…un arrachement ultime qui les laissent pantelants et défaits…les laissent en dehors du temps…dans un espace et une dimension où il n’y a plus de conscience…où les sens ont dépassé cette conscience pour assouvir cette passion des corps…ce mélange d’extase et de souffrance qui les laissent, aussi, indécis sur leur propre plaisir…0+> Indécis et certains…certains d’avoir atteint l’inconnu…d’avoir frôlé l’innommable ! Et les corps s’apaisent telles les frondaisons après l’orage…au plus subsiste encore quelque geste nerveux…quelque soubresaut involontaire ! Subsistent aussi les parfums…les odeurs…odeurs des corps mêlés et de leurs effluves passionnées…Subsistent les traces des lèvres…des mains…des dents…et ces traces marquent le parcours de cette bataille des sens…Subsistent les fluides comme autant de signes du combat qui vient de se jouer et de ses dommages collatéraux…Subsistent déjà…le souvenir et le manque ! Et ce manque se fait brusquement sentir lorsque dans son champ de vision, une trace écarlate s’éloigne lentement. Ce brusque retour à la réalité le laisse interloqué…elle s’éloigne déjà…agréable feu follet qui aurait décidé d’être sage…elle est déjà si loin qu’il ne peut plus la retenir…il voudrait crier mais aucun son ne sort de cette bouche qui, pourtant, connaît déjà l’indéfinissable ! Et cette tache de sang s’éloigne de plus en plus…emportant avec elle tant de fièvre…et lui ne peut esquisser le moindre geste ! Il la laisse et la regarde s’éloigner dans ce gris qui perdure…tel un feu mouvant…feu devenant flamme…puis lueur rougeoyante…puis pointe soufrée qui lentement se consume…et enfin clignotement presque imperceptible…avant de s’éteindre définitivement ! 0+> Et c’est quand il voit ce rougeoiement palpitant s’éteindre à tout jamais que sa conscience revient et qu’il peut libérer ce cri inutile et stérile…et que brusquement, tel un boomerang, la réalité ne lui revienne en pleine face ! Cette réalité uniforme qui a été traversée par cet éclair carmin et qui, comme l’océan démonté par les éléments, reprend sa morne quiétude après la fulgurance de la tempête. Telle la pelote de laine qui, doucement, descend l’escalier sous la patte du chat…son esprit reprend contact avec le quotidien…par saccades…par chutes brusques et ralentis improbables…jusqu’à atteindre la platitude de l’instant présent ! Cette chute le laisse désemparé, inquiet et malheureux…désemparé de l’avoir laissé partir sans pouvoir la retenir, inquiet à l’idée de devoir se passer d’elle et de devoir gérer le manque…malheureux car son bonheur est parti pour ne pas revenir. Alors pour se rassurer, il se dit que tout cela n’a été qu’un rêve…un rêve agréable certes…mais un rêve tout de même…un rêve qui l’a meurtri et satisfait à la fois…mais un rêve tout de même…un rêve qui lui a pourtant laissé cette forte impression de réalité palpable…mais un rêve tout de même…un rêve qui  plus que tous les autres, lui a fait toucher le possible et l’impossible…mais un rêve tout de même…mais un rêve tout de même…0+> Et ce rêve tout agréable et douloureux soit-il, lui laisse un goût amer…un goût d’inachevé mais surtout un goût de non-commencé ! Sitôt disparue et la nostalgie le submerge déjà, nostalgie de femmes connues et inconnues, de souvenirs vivaces ou fantasmés, de rencontres furtives ou de liaisons oubliées ! Une sombre douleur le gagne alors et telle la rouille, elle commence à l’envahir sans vraiment montrer sa présence, si sournoise qu’elle est…et cette douleur est presque salutaire tant elle le fait se sentir vivant…pour aussitôt devenir intolérable comme toute douleur qui se respecte…cette douleur qui tient à l’éloignement…au souvenir…à l’absence…au manque…et déjà son esprit est ailleurs…il cherche à exorciser ces démons qui vont le hanter il en est sûr…oublier est si facile c’est le vivre qui est compliqué ! Son esprit vagabonde alors et s’éloigne à nouveau de cette réalité si difficile…de ce morne quotidien…de cette douce torture et il choisit la facilité bien sûr, après tout il n’est qu’un être humain, il opte pour le retour au rêve…mais ça n’est pas si simple…croit-il pouvoir rêver sa vie ? Il est pourtant bien placé pour savoir que la réalité le rattrape toujours…qu’elle a mis à bas ses illusions et a sérieusement écorné l’espoir qui l’animait ! Cette réalité si grise…si insipide…si inexistante presque si elle n’envahissait l’espace. 0+> Et l’ombre qui s’abat maintenant sur cette ville sans vie l’entraîne malgré lui vers cette mélancolie  si séduisante et si hypnotisante…si sécurisante aussi, à sa manière, car elle l’enferme lentement mais sûrement dans cette résignation indésirable et non désirée…résignation qui le rattrape après cet éclair de vie…cet instant viscéral…ce moment du pur abandon ! Abandon…le mot est lâché…abandon de lui-même, car c’est ce qu’il vient de vivre…abandon de l’autre car c’est ce qu’il ressent maintenant…abandon de ses illusions car décidément elles n’ont fait que le distraire…le troubler et finalement le perdre…abandon de tout espoir car il doute désormais qu’il ait un sens…abandon de conscience car cela peut l’aider à repartir dans ce rêve non gênant et tant souhaité…remède miracle à ce mal sournois et lancinant ! Mais seul le vide l’envahit, le songe qu’il appelle de ses vœux se refuse à lui…il s’échappe…se laisse deviner…subrepticement…puis s’enfuit tel l’animal surpris et apeuré et c’est le vide qui perdure…cette inexistence si futile et inutile…ce néant non-voulu qui s’impose malgré les efforts qu’il déploie pour le déjouer…malgré la souffrance qui le mine à tenter l’irréalisable…se souvenir…encore et toujours…et ne trouver que ce néant…insondable et noir ! 0+> Mais la terne grisaille reprend à nouveau le dessus et le ramène au quotidien…elle le sait d’ailleurs cette ingrate, elle sait qu’elle est invincible et ce combat est faussé…inégal et hypocrite car tout est joué d’avance…quand le gris s’installe…il ne sert à rien de lutter…toute résistance est vaine…il a cru pouvoir jouer au plus fin et a perdu…alors retrouver ce néant…ce néant préliminaire…celui qui démarre cette vie…celui où l’on vit à l’abri…cet abri provisoire et protecteur qui isole du gris et de sa tristesse…celui où seul un sens est sollicité et ou l’inconscience des autres laisse s’ouvrir cette non-conscience intérieure ! Et c’est cette non-conscience qu’il cherche à retrouver finalement dans cette réflexion qui l’anime maintenant…Cette non-conscience oubliée qui fait notre « être » ! Cette non-conscience si agréable où l’on baigne dans ce cloaque originel et qui nous abrite, un temps, du froid et de la douleur…ce stade embryonnaire sans goût…sans vue…sans odorat…sans toucher mais où l’on perçoit la fureur de cette vie qui s’annonce…sa fureur…et sa beauté aussi…car nos sens enfin aiguisés nous extraient de cette léthargie rassurante et nous poussent à combattre ce gris…tous les jours…à le combattre…sans qu’il n’y ait de cesse…jamais…jamais…