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Camille…(re-updated)

Lundi 4 décembre 2006
Alors, pour situer cette histoire il faut savoir que Prince, « l’être humain », a de sérieux problèmes d’identité ! Loin de moi l’idée de le psychanalyser mais l’ego du Monsieur est assez démesuré, je suis obligé d’en convenir, mais n’est-ce pas inhérent à tout créateur et surtout n’est-ce pas une nécessité si l’on veut réussir. Il n’empêche, il a pour habitude d’utiliser des pseudonymes (Joey Coco, Jamie Starr, Alexander Nevermind, TAFKAP, The Artist, Symbol, etc…) jusqu’au célèbre changement de nom en un sigle incompréhensif. Camille est par contre une facette spécifique de Prince car censée représenter un double, ce qui n’est pas exactement la même chose !
Qui est Camille ? Un peu d’histoire s’impose car le prénom n’est pas choisi au hasard. Le lien a été établi avec un hermaphrodite ayant vécu au 19ème siècle. Adélaïde Herculine Barbin, appelée également Alexina, voit le jour en France, en Charente Maritime, le 8 novembre 1838 et est déclarée de sexe féminin. Elle va grandir dans une institution religieuse et devenir institutrice tout en restant dans l’ignorance de son état. Elle tombe même amoureuse d’une jeune fille et c’est à ce moment qu’elle/il découvre sa différence. L’hermaphrodisme relève en effet d’une anomalie physique et biologique à la différence de l’homosexualité qui relève plus d’une différence psychologique. Dans notre cas, Adélaïde est élevée dans l’idée qu’elle est une fille mais elle ressent des élans tout masculins pour ses amies, d’où une dualité qui la/le perturbe. Entrée dans l’enseignement, il découvre « physiquement » son état lors d’une visite médicale et est obligé de changer de nom. Il devient Abel Barbin, pense qu’il va pouvoir vivre son amour mais c’est sans compter sur l’atmosphère bien-pensante de l’époque qui va rejeter Abel, le marginaliser et le conduire au suicide à l’âge de 28 ans, dans un modeste appartement parisien. Prés du corps d’Abel, un recueil d’une centaine de pages intitulé « Mes souvenirs » où il raconte sa courte vie et les déboires liés à son état.
C’est le célèbre philosophe Michel Foucault qui re-découvre ce manuscrit en 1975 et permet de découvrir cette histoire. Foucault en parle avec le cinéaste René Féret qui va en faire un film « Le Mystère Alexina » qui sera présenté à Cannes en 1985 dans la section Un certain regard. C’est dans le film que le prénom Camille apparaît, sans doutes pour accentuer la dualité féminin/masculin avec un prénom utilisable pour les deux sexes. Prince aime la France et la découvre à cette époque, tout le monde le sait et il n’est pas exclu qu’il ait eu accès à ces informations et qu’il ait décidé d’utiliser ce prénom pour évoquer sa propre dualité, d’autant qu’en juin 85 il était en France, à la recherche d’acteurs pour la suite de Purple Rain.
Pourquoi ? La dualité revendiquée par Prince n’est pas la même bien entendu. Même si au début de sa carrière, Prince a entretenu (volontairement) le mystère sur ses orientations sexuelles, je ne vais pas me répéter mais le nombre de ses conquêtes parle pour lui et ne laisse planer aucun doute. Mais à l’époque, fin des années 70, il n’est pas non plus impossible qu’il ait été « tenté ». Prince a toujours conduit sa vie à sa manière et plus d’une fois ses réactions étaient incompréhensibles. Par exemple, plusieurs années avant l’album « Parade » il avait laissé entendre qu’il abandonnait la musique. Son producteur ne le comprenant pas, Prince lui avait rétorqué : « Sometimes it snows in april » (Quelquefois il neige en avril)… De la même manière, sur l’album « Controversy » (déjà le titre…) et dans le single du même nom, il dit : « Suis-je noir ou blanc, suis hétéro ou homo, dois-je croire en Dieu ou en moi ». Prince aime ainsi entretenir le doute autour de lui et engendrer le questionnement. En 1986, Prince travaille sur plusieurs projets et il crée cet alter-ego, « Camille », il lui attribue une voix accélérée (déjà utilisée sur « Erotic city »), à mi-chemin entre une voix féminine et masculine. Parce qu’il l’a laissé entendre, certains pensent qu’il s’agit d’une certaine facette de Prince en opposition au personnage « officiel » Je pense surtout qu’il souhaitait encore une fois se démultiplier pour assouvir sa soif d’écriture et de production car n’oublions pas qu’à l’époque, entre 1982 et 1986, reprenez votre souffle, il a :
- écrit et produit un album pour Vanity 6, écrit et produit un album pour The Time, écrit et produit son album « 1999 », écrit et produit son album « Purple Rain » ainsi que le film, écrit et produit son album « Around the world in a day », écrit et produit un album pour The Family, écrit et produit un album pour Sheila E, écrit et produit son album « Parade »…
Parallèlement, il travaille à un triple album qui doit s’intituler « Crystal Ball » et qui se muera en double « Sign O’ the times » ! Sa maison de disques n’en peut plus et l’on sait ce que cela donnera. Il est donc dans l’obligation de se mutliplier à l’envi afin de donner corps au bouillonnement créatif qui est le sien et en plus la qualité reste au rendez-vous. Je ne doute pas qu’il ait voulu donner, à un moment, le sens d’un combat intérieur pour qualifier sa production d’alors, « Lovesexy » étant l’album de la réconciliation avec son âme, mais le reste de sa carrière le démontre parfaitement, son souci premier est d’écrire et de créér comme bon lui semble même si c’est cinq albums par an. Petite anecdote au passage, à l’ASCAP (notre SACEM aux Etats-Unis) les titres déposés depuis prés de 25 ans correspondent à environ deux albums par an !!! Je pense donc que tout ça relève d’une « orchestration » de sa vie créative et qu’il avait trouvé un bon moyen de le faire ; malheureusement ses producteurs ne voulaient quasiment déjà plus le suivre dans sa boulimie. Alors c’est vrai que le livret de la tournée Lovesexy donne une explication assez étrange à cette opposition à Camille à travers son contraire « Spooky electric » créateur du « Black album » et cela corrobore la dualité bien/mal car les textes et la musique du Black album sont très agressives mais le pendant positif semble être l’album « Lovesexy » et pas le projet Camille ! Ma vision est la suivante -et elle peut souffrir la critique ;-) )… Le projet « Camille » correspond à une « piste » musicale choisie délibérément (rythmes funk, voix accélérée) avec une justification habile par rapport à Herculine Barbin, le « Black album » représente le côté « Dirty » de Prince que l’on retrouvera plus tard plus ou moins régulièrement et « Lovesexy » une révélation spirituelle !
L’album prévu comprenait huit titres : « Rebirth of the flesh », « Housequake », « Strange relationship », « Feel u up », « Shockadelica », « Good love », « If I was your girlfriend », « Rockhard in a funky place ». Cet album ne verra finalement pas le jour et sept de ces titres seront en fait éparpillés sur les albums suivants hormis « Rebirth of the flesh » resté inédit à ce jour. Bien sûr en bon fan qui se respecte, je l’ai récupéré…
J’ai donc reconstitué l’album « CAMILLE » en y ajoutant ce que je considère comme des bonus et qui correspondent à des titres qui sont, soit ouvertement attribués à Camille comme « U got the look » sur « S.O.T.T », on encore « Love or money » qui est à l’évidence un titre de Camille, voire « Partyman » contemporain de « Feel u up » époque Batman/Joker, tout à fait dans l’esprit de cette dualité. Les autres bonus sont purement des avis personnels ! « I like funky music » sur l’album « New Power Soul » utilise clairement la voix de Camille ainsi que « Baby knows » sur l’album « Rave… » ; volonté ou pas, difficile à dire ; sursaut parano à des moments compliqués de sa vie, là encore le personnage est si complexe… Plus prés de nous, « 3121 » ! le titre recèle des touches de Camille, dans les voix secondaires et il est bien dans l’esprit funky, festif et « clintonien » de la majorité de ces titres. …Et « Scarlett Pussy » (merci Pierre), ainsi que « Come On » (merci Chak)…
…et maintenant le défunt PFUnk devenu F.U.N.K qui lui, est indiscutablement l’expression de cet être névrosé qu’est Camille…