D’après les milieux autorisés, Prince fait partie des artistes les plus piratés au monde, car oui… il va bien falloir en parler un jour ou l’autre, même si ses avocats n’ont de cesse de faire suer les malheureux qui s’aventurent à parler ouvertement de “choses interdites” (pirates, bootlegs ou boots), il demeure que c’est un fait avéré, incontournable et ces dernières semaines ont montré que les choses étaient loin de se calmer, atteignant d’ailleurs des qualités qui laissent pantois ! Pirates existent, Pirates nous parlerons donc !
En 1988, Prince est en pleine tournée de promotion de l’album “LOVESEXY” dans un “Lovesexy Tour”. Cette tournée le conduit entre autres aux Pays Bas et plus particulièrement un soir, le 18 août, à La Haye, dans un club, le “Trojan Horse”, pour un aftershow devant moins de 500 privilégiés. Le son est parfait pour un pirate et cette “chose” si secrète va devenir LE boot incontournable pour toute une génération d’aficionados. Baptisé aussi “Small Club”, c’est un condensé de covers et de titres princiers comme “D.M.S.R” et “Housequake”.
Je ne sais pas ce qu’il avait ce soir là, à part un paquet d’années en moins, mais on a touché à l’intemporel. Je ne mets pas le concert en entier puisque je ne vais parler que d’un titre mais ceux qui le veulent n’ont qu’à me demander.
En effet, je ne veux parler que d’un titre car il m’a plus “parlé” que d’autres et m’a incité encore une fois, à m’évader par les mots. “Just my imagination” est un titre des Temptations, groupe que l’on ne présente plus. Le titre est écrit en 1971 par Norman Whitfield, un des plus grands producteurs de soul aux Etats Unis. Le titre est considéré aujourd’hui comme une des marques de fabrique à la fois du groupe mais aussi de Whitfield. Eddie Kendricks, membre fondateur du groupe avec Paul Williams assure le chant, tout en falsetto, c’est à dire en voix de tête, dans la droite ligne d’un Curtis Mayfield. C’est une chanson courte (3′51), faite pour les radios, car trés consensuelle. C’est une “chanson d’amour” qui raconte l’histoire d’un gars qui fantasme “softement” sur une femme imaginaire. Les cordes chères à Whitfield donnent le tissu d’une rythmique lancinante qui laisse toute sa place à la voix de Kendricks et des choeurs, quelques touches de guitare, de harpe, de xylophone…le break est un peu pompeux mais à l’époque, c’était la construction classique d’une balade soul. Il n’empêche que la collaboration que Prince aura plus tard sur ses titres avec Clare FISHER qui s’occupe de tous les arrangements au niveau des “cordes”, doit trouver son origine dans le travail de Whitfield, en témoignent des titres comme “The One”. En fait, pour terminer la dessus, vous devez imaginer ce titre avec une fille dans les bras ! je m’explique ! les années 70 étaient l’époque bénie où on pouvait danser ce que l’on avait baptisé fort justement “un slow”, à savoir une danse trés lente, corps serrés où on se contentait de tourner sur place, le but étant surtout de “pécho” une jeune fille. Et bien ce titre est un standard en matière de slows et des comme ça, y en a des dizaines mais justement celui là a été repris par Prince…
Prince reprend donc ce titre ce 18 août 1988, aux Pays bas, lors d’un aftershow d’anthologie. Ca commence par des touches de guitare à la George BENSON et les synthés qui reprennent le travail des cordes. Prince commence à chanter dans sa voix de haut perchée qui a tant fait dans la réputation qu’on lui donnait à l’époque (avec le string et l’imper aussi…) plutôt que de s’intéresser d’abord à la pureté de cette voix et à sa capacité de monter dans les aigues. On est toujours dans la cover classique, hommage appuyé d’un jeune artiste aux “grands anciens”. Et le miracle se produit, je dis miracle car combiner, comme il va le faire, périodes de plus en plus intenses, relève de l’unique…à 2′32″, apparaît en filigrane un autre grand de la guitare, j’ai nommé Carlos SANTANA (je vais y revenir). Il (Carlos…) est dans l’inspiration, dans les sonorités choisies à ce moment là. Nous ne sommes pas dans le plagiat, mais plutôt dans l’hommage éclair à un musicien qu’il admire car à 3′10″, après une montée en puissance des claviers qui donne (déjà) le frisson, “notre” Prince débarque et se lance dans un premier assaut à la guitare o
ù il nous délivre une ribambelle de petites banderilles sonores, qui, loin de nous piquer, nous transportent d’une manière hypnotique à 3′49″, moment qu’il choisit pour faire jouer la pédale d’effets et passer dans une tonalité plus rock, cette fois, ca y est, nous ne sommes plus dans la cover, il est parti et ne s’arrêtera plus…si…en fait, il fait preuve de sa maestria et après une deuxième montée sonore des synthés relayée par le duo basse/batterie, il fait une pause de quelques secondes avant d’arriver à 4′25 où là jaillit l’un des plus grands guitaristes au monde, je n’ai pas peur de le dire, d’autant que d’autres le disent, autrement plus qualifiés que moi. Le second “assaut” démarre et va vous laisser sans voix. C’est à ce moment, peut être, que l’on peut toucher du doigt l’admiration et le “pourquoi” on aime cet homme, et on part pour un peu plus de 2 minutes de magie ou seules, existent les notes qu’il parvient à sortir de son instrument, vous êtes happé, emporté, grisé par le déluge de notes qui vous prend les tripes, les malaxent et, si vous êtes comme moi, vous donnent le vrai frisson, celui qui fait serrer les mâchoires et retenir les larmichettes qui risquent de vous monter aux yeux… puis tel le ciel après une nuée d’orage, l’intensité retombe lentement pour laisser la chanson se terminer, il demande au public de chanter avec lui, il ne peut pas les entendre ? Comment après une telle performance pourrait-on reprendre en choeur avec lui cette chanson ; j’imagine le public complètement envoûté et hypnotisé et qui ne doit pas pouvoir réagir. Et comme d’habitude c’est lui qui remercie…
Quand j’ai dit que Carlos SANTANA était, en partie, dans l’inspiration de Prince, c’est parce que ce titre, joué de cette manière, m’a rappelé un disque que j’écoutais en boucle en 1978, dans les brumes allemandes de mon service national, MOONFLOWER et plus particulièrement le titre “Transcendance”. En effet, les deux morceaux n’ont rien de commun mais sont quasiment bâtis de la même manière, démarrage en douceur, quelques notes de guitare, de claviers, de batterie, une voix haut perchée, une chanson toute simple…puis une montée en puissance des claviers pour déboucher à 2′40 sur un des solos de guitare les plus inspirés de “Devadip” avec des plages stratosphériques ! et comme sur “Just my imagination”, l’intensité retombe pour laisser dérouler tranquillement la fin du titre.
Bon, encore une fois, je me suis détourné du déroulement de mon aventure princière mais je vais m’y remettre…