Découvrez mes passions au quotidien

Résultat pour le mot-clef : Jill Jones

Jill Jones

Lundi 26 février 2007

J’ai un peu de temps devant moi et après m’être plongé dans toutes ces collaborations féminines, j’ai réécouté beaucoup l’album de Jill Jones et pour moi, il se détache du lot très nettement. Il est assez difficile à trouver maintenant, mais quand on cherche bien on trouve. Mais qu’importe la coupe, pourvu qu’on ait l’ivresse… Je vais vous parler un peu de cette jeune femme. Jill Jones est une chanteuse (auteur-compositeur) américaine qui va fréquenter très tôt Prince puisque leur rencontre date de la période Dirty Mind, son troisième album et la tournée qui a suivi. En effet, Jill chante dans le groupe « Teena Marie » qui fait les premières parties de cette tournée (elle fait les chœurs sur « Lady T », « Irons in the fire », « It must be magic ») . Prince, séduit par la voix de la demoiselle, l’engage en tant que choriste et elle va ainsi participer à partir de 1982 à bon nombre de titres et d’albums dont l’emblématique « 1999″ (également sur les titres « Automatic », « Free », « Lady cab driver » en lead). Elle travaille également sur tout l’album Purple Rain et sur le titre « It’s gonna be a beautiful night ». Faisant partie du staff, elle chantera également derrière Sheila E, Appolonia 6, The Bangles et Mazarati. Prince co-écrira pour elle en 1987, l’album « Jill Jones », qui est bien accueilli par la critique, par le public européen et qui pour moi reste un petit bijou. Un second album devait voir le jour mais restera un projet. En 2001, Jill sort un second album « Two », qui ne voit aucune participation de Prince. Jill Jones a également participé au travail de Ryuichi Sakamoto et a également accompagné le groupe CHIC.

jill3

Plus précisément maintenant, et grâce à un article de Per Nielsen, auteur de « The Vault » la bible princière, un tas d’infos et d’anecdotes. Jill a effectivement débarqué dans l’univers princier vers 1980 et ne s’est pas placée en groupie fanatique ni en « surprotégée » qui obéit au doigt et à l’œil. D’emblée, elle le trouve arrogant mais reconnaît son talent. Elle-même écrit la musique et a envie d’écrire ses propres textes. C’est surtout la voix qui séduit Prince qui à l’époque n’a que 22 ans et n’a pas encore connu le succès mondial qui va venir. Jill devient une choriste attitrée et elle va apporter une contribution importante à l’album « 1999″. C’est le travail réalisé pour Vanity 6 qui va la pousser à vouloir faire son propre album. Prince et Jill écrivent dés 1982 « Mia Bocca » pour faire partie de « Purple Rain » et « G-Spot » pour le futur album de Vanity (avec « Vibrator »). Finalement les deux titres seront conservés pour l’album de Jill. Prince est tellement occupé à l’époque (Purple Rain, The Time, Appolonia, Sheila E etc…) que l’album est encore repoussé. Nous en sommes en 1984 et Jill patiente, elle dira qu’ils étaient tous comme des enfants jouant à un « grand jeu ».En 1985, Prince est un peu plus libre et ils commencent à travailler sérieusement sur l’album de Jill. Ils enregistrent ensemble le titre « Hello » et travaillent sur de nombreux titres. Prince dira sa réelle admiration pour le talent de Jill et surtout pour sa voix. « Mia bocca », « G-spot » et « Baby you’re a trip » sont envoyés à Clare Fisher pour ajout des lignes de cordes si chères à Prince. C’est vrai qu’elles apportent souvent la touche finale aux titres princiers. Le travail continue en 1986 mais Prince voit bien qu’il n’a pas assez de temps à consacrer à Jill et il confie à David Rivkin le soin de poursuivre le travail. L’album est compilé une première fois en février 1986. Mais Prince n’est pas encore satisfait à 100 % et il passera encore plus d’un an avant que l’album ne sorte en 1987. A juste titre d’ailleurs car des titres pressentis seront supprimés pour laisser la place à d’autres, meilleurs sans doutes, et Eric Leeds apportera sa touche de sax si particulière. Jill est « patiente », très patiente, c’est lune de ses meilleures qualités dira Susan Rogers; ingénieur du son aux studios de Sunset Sound !
Même si l’ensemble des titres est enregistré comme des titres écrits par Prince (Joey Coco), Jill a participé à l’écriture de plusieurs titres mais elle n’a pas souhaité en être créditée. Dommage car c’est bien la seule qui ait été une véritable « collaboratrice » plus qu’une poupée supplémentaire dans la salle de jeux de Prince. Elle ne le souhaitait d’ailleurs pas et a toujours mis un point d’honneur à se considérer comme son égale. L’album « Jill Jones » est toujours considéré comme la meilleure production de Prince pour un autre artiste et même si ce disque n’a pas eu le succès qu’il méritait aux Etats Unis, c’est l’Europe (comme souvent…) qui lui réservera un excellent accueil.

Il est d’ailleurs toujours très prisé.
La track-list
« Mia Bocca » (ma bouche en italien) est sans conteste LE titre de l’album. Une intro mortelle avec les violons de Clare Fisher qui résonnent comme un « hymne », la voix de Jill si particulière qui arrive pas à pas, on se demande ce qui va arriver…c’est une rythmique métallique mélangée à des cuivres saturés, un synthé hypnotique…2 minutes et on est accroc pour la vie. Et toujours, une constante chez Prince, des sonorités, des gimmicks qui font le SON princier. « G-spot », comme son nom l’indique évoque le point G, cher aux sexologues du début des années 1980 qui pensaient avoir trouvé là, le secret de la sexualité féminine !!! Le titre est volontairement ironique, basé sur une rythmique robotique et les paroles sont très « second degré ». Elle chante :  » G-spot, G-spot, où peux-tu bien te trouver ?  » pour dénoncer gentiment la dérive « mécanique » de ceux qui énoncent de telles idées « toute-faites » qui résumeraient le secret de la sexualité féminine à la découverte d’un « point » particulier. La phrase « je suis une horloge, il est 9 heures 15  » est impayable ! « Violet Blue » est une ballade soul/funk assez jazzy, appuyée par la basse jouée par Prince, les cuivres d’Eric Leeds et Matt Blistan, les cordes de Fisher. La voix est aérienne et la « french touch » de l’accordéon en fin de titre achèvent d’en faire un faire un must. »With you » est une reprise d’un titre du second album de Prince. Elle s’en tire pas trop mal sans atteindre la pureté de l’originale. »All day, all night » est un titre rythmé un peu similaire à « Hello » sur la base basse-batterie et qui évoque aussi un titre comme « America ». J’adore… »For love »…c’est « Girls and boys » ma parole, je suis sûr qu’un « mixage » habile des 2 titres donnerait quelque chose de sympa. »My man » est un titre pop dans la veine de ce qui précède Purple Rain. Il paraît que Prince riait beaucoup à chanter ce titre lui-même, car à l’époque beaucoup le soupçonnait d’homosexualité… »Baby you’re a trip » est une ballade soul typique de Prince. Il écrit ce style de chanson comme vous vous faites un café le matin et chaque fois le charme opère (pour la chanson pas le café…). Le titre se termine sur les premières paroles de Mia Bocca !
Plus tard en 1988, Jill tente de sortir un second album avec l’aide de Chris Bruce. Elle revient à Minneapolis pour travailler à nouveau avec Prince en juillet 1989 mais ce second album ne sera jamais complété surtout parce que Jill et Prince vont peu à peu se « désunir », le courant ne passe plus vraiment et Jill est trop entière pour n’être considéré que comme un « poulain » de plus dans l’écurie princière. Il ne fut d’ailleurs pas très sympa avec elle au moment de Graffiti Bridge ce qui sonna le glas de leur relation. Durant les années 1990, Jill a continué à travailler avec notamment Ryuichi Sakamoto, Tim Simenon, John Reynolds, et d’anciens musiciens d’Orchestral Manoeuvres in the Dark. Par la suite, elle connut des moments difficiles avec la maladie de sa mère et ses propres soucis. Fin 1999, un nouvel album fut projeté à nouveau avec Chris Bruce ainsi qu’une tournée. C’est finalement en 2001 que sortira « Two », le second album de Jill Jones. Cet album fait la part belle à la voix de Jill, mais aucun hit n’en sortira. On peut regretter que Prince n’ait pas eu un peu plus de clairvoyance, car elle le méritait…