Découvrez mes passions au quotidien

Résultat pour le mot-clef : parole

The Ride…

Lundi 14 mai 2007

Je vais revenir à quelque chose de plus sérieux, tout en restant léger vous verrez …!

Parmi les centaines de titres écrits par Prince, il y en a forcément quelques uns qui marquent plus que d’autres, qui restent des inpérissables…des incontournables…des titres qui peuvent passer en boucle pendant des heures et dont on ne se lassera jamais (bon ça va, on a compris…) ! Il y en a un pour moi, parmi d’autres, qui relève de ce statut : « The Ride », un blues écrit par Prince dans les années 90 et qui paraît sur l’album « Crystal Ball », une compilation de titres (3 CD quand même) dont je n’ai pas encore parlé. Le blues est hyper rare chez Prince alors que visiblement cette musique est faite pour lui et surtout pour SA guitare. En effet, ce titre sera à chaque fois l’occasion pour lui de laisser libre cours à sa capacité de création « guitaristique » et à sa dextérité sur le manche. La base est simpliste comme dans tout bon blues qui se respecte, ce qui en fait le charme c’est ce qui s’ajoute, voix ou performance musicale suivant la personnalité du « bluesman » qui s’emploie. Parlant de Prince ce n’est pas sa meilleure prestation vocale mais je ne suis pas loin de penser qu’à la guitare il a été trés souvent « habité » pour nous sortir le meilleur. La version du disque est bien mais on a l’impression quand même que c’est le minimum syndical pour lui. Il n’y a pas de version studio à proprement parler, celle du disque est live mais j’ai 3 versions vidéos à vous proposer au fil de cet article. Il y a une version « quasi » studio qui est « époustouflante » comme dirait Begnini et j’invite mes visiteurs qui auraient cette vidéo à me la faire parvenir, Ce serait sympa. Elle est sur le DVD « The Undertaker », j’ai le DVD mais je n’arrive pas à extraire la vidéo….

Quand j’ai dit que j’allais être léger c’est parce qu’en lisant le texte de la chanson et surtout la traduction (une manie maintenant, mais il faut bien aussi s’intéresser à cet aspect de l’artiste), j’ai découvert un texte trés « érotique » ce qui est finalement plutôt rare chez lui tant les textes sont soit trés explicites, soit trés romantiques, soit hors sujet (celui qui me préoccupe aujourd’hui). Je me suis donc un peu intéressé à la poésie érotique et j’avoue que je n’ai pas eu à me forcer beaucoup ;-) ! J’ai découvert tout un univers d’écrivains, des moins connus au plus connus, d’Apollinaire à Mallarmé, en passant par Baudelaire, Jean de la Fontaine ou Diderot, et surtout des milliers d’écrits célébrant ce concept du « ce qui est suggéré vaut plus que ce qui est montré » inhérent à l’érotisme. La frontière au delà de laquelle on devient « lourd » est mince, aussi mince oserais-je dire « que la bretelle d’une nuisette négligeamment retombée sur une épaule féminine »… (j’aurais pu dire « que la ficelle d’un string » mais pour le coup c’eût été moins érotique…). Ce texte est donc dans la « suggestion », pas de phrases crues, pas de mots obscènes, mais un texte qui laisse aller l’imagination et qui cache plus qu’il ne dévoile… ». L’érotisme, a dit Roland Barthes, c’est quand le vêtement baille…

« The Ride » – « Le chemin »…ses premiers mots forment le terreau : « Si tu as le temps chérie, je connais le chemin (bis), où je veux aller, tu seras satisfaite. »  Un chemin…ce chemin peut revêtir deux formes en somme, l’une mentale…l’autre physique… l’invite n’est pas à une promenade sur des sentiers ombragés un après -midi d’été, quoique…sa sentence est claire : là ou j’irais point de salut ! Les sensations doivent être partagées d’où cette « directive », il ne peut y avoir d’érotisme sans partages, deux esprits se fondant en une seule union corporelle quelque soit le temps et les moyens, c’est pas moi qui le dit c’est Bataille : « communauté du charnel, du sentant , du senti ». Robert Desnos aussi l’a dit : « Coucher avec elle, pour le sommeil côte à côte, pour les rêves parallèles, pour la double respiration ».D’où cette notion de temps, tu as le temps, de toute façon je connais le chemin. Chemin…étonnant qu’il ait choisi cette représentation.

Ca peut paraître évident mais combien ne voit que le but sans se soucier du chemin…combien désertent les haltes reposantes pour foncer sur l’objectif tel Hannibal franchissant les sommets…quand il faudrait reculer, s’attarder, feindre l’abandon pour mieux revenir et reprendre le chemin…tu as le temps, je connais le chemin…et comme disait Joachim du Bellay : « Mon âme se fond du désir, dont elle est ardemment pleine, et ne peut souffrir à grand peine, la force d’un si grand plaisir »

Deuxième couplet… »si tu aimes le faire vraiment lentement chérie, j’ai tout mon temps (bis), mais si tu veux prendre un raccourci, je sais ce qu’il faut faire » . Oui, il faut tout de même laisser une porte ouverte, si je puis dire, à la frénésie dont peut s’habiller le jeu érotique et il le dit bien : j’ai le temps, mais juste un mot et la machine s’emballe. C’est pas nouveau cette frénésie chez lui qui pourrait succéder à de longs préparatifs mais on note une soumission inhabituelle chez quelqu’un d’aussi narcissique que Prince ! Aurait-il lu Mallarmé : « Mignonne sais-tu qu’on me blâme, de t’aimer comme je le fais, on dit que cela sur mon âme, aura de singuliers effets ». D’ailleurs c’est en général à ce moment là du titre qu’il se lance dans des solos dont il a le secret et qui sont toujours différents. C’est un des rares guitaristes à savoir faire « parler » sa guitare !
C’est après ces solos souvent gigantesques et qui, pour le coup, tordent le cou aux idées reçues sur Prince (de toute façon pourquoi Bowie, Bono, Jagger, Clapton et Page le tiennent pour le meilleur performer sur scène…) qu’il passe à un couplet trés sibyllin, devient-il voyeur ? « Si tu aimes être seule, j’aime regarder »  On atteint là un des fondements de l’érotisme : le regard et pas comme je disais le voyeurisme . La différence est dans ce qu’il y a derrière ce regard, il semble trouver son plaisir tout autant dans ce qu’il regarde que dans ce qu’il touche. Il termine tout de même sur « Mais si tu veux réellement de l’affection, je te donnerais tout ce que j’ai ». Belle preuve d’amour finalement et qui est aussi une constante chez lui, ce besoin d’amour sincère et profond et qu’il voudrait réciproque. Il n’a peut être jamais trouvé lui même…

3121

Mercredi 7 juin 2006

file-309.jpgMa revue de 3121 !

Je m’explique sur mon choix d’analyse : Je ne suis, ni chanteur, ni musicien, donc je ne sais pas comment on crée une chanson et par quel bout on la prend. Je sais encore moins comment LUI travaille, d’abord musique puis textes ou l’inverse ??? Je profite donc de l’exxxxcellent travail de traduction de Last December (membre du forum schkopi) pour reprendre chaque titre en partant d’abord du texte.
3121
D’autres avant lui ont évoqué des “party” dans leurs chansons. Façon « couettes et jupe plissée » version Sheila in « c’est ma première surprise partie » ou « bitches et croupes lissées » version 50cent in « Candy shop ». Lui a choisi la version classique du gars qui invite chez lui parce que c’est LA qu’il faut être. Ca démarre plutôt bien, mais dés la troisième ligne, y faut mettre un peignoir japonais et des sandales et là je suis obligé de me poser la question : « …Pour faire quoi ? » « Boire du champagne dans une flûte en chocolat » (moi qui croyait que c’était un club échangiste, que nenni !).  Alors qu’en est-il de cette « party », à part qu’on va s’y éclater et qu’on ne voudra pas en repartir ; ben on va effrayer les papillons ? de nuit ? et on va se retrouver un tant soit peu avec les impressions d’une jeune ballerine qui trépigne sur le Lac des Cygnes ! Diable et tout ça en peignoir japonais et sandales aux pieds, bonjour les crampes !!! En plus on est pas rendus, faut rester là toute la nuit jusqu’au lever du jour parce qu’on est une « Purple personne », mais bon c’est pour la bonne cause et ça va péter, je vous le dis, comme en 89, à Berlin. Mais c’est là que tout s’éclaire, il s’agit d’un « fantasme futuriste » ; nous sommes donc en présence des « party » du futur. Bon c’est vrai, une traduction, aussi bonne soit elle, ne rend jamais vraiment compte de ce que l’auteur a réellement voulu dire, mais le fait est là, sa dialectique m’étonnera toujours. N’empêche y m’invite quand y veut !!! L’essentiel tout de même c’est qu’il nous dit tout cela sur une rythmique à pleurer sa mère et qui m’a fait penser dés le début à…….une locomotive ! Je suis resté bouche bée les 45 première secondes avant d’esquisser un geste, tellement c’était bon. Alors quand je dis locomotive, je parle pas d’un TGV ni d’un T.E.R, je parle plutôt d’un tortillard mais qui aurait trempé dans un bain de plomb et de cuivre, et qui s’ébrouerait lentement comme un éléphant sortant du marigot. C’est gras sans être « graisseux », c’est chaud sans être « hot » et c’est métallique sans être « hard », bref c’est du PFUNK à l’état pur avec des relents, assumés sans doute, d’«Atomic dog » du grand George. Avec ces petits plus qui font les grands titres de Prince, l’espèce d’hymne olympien en milieu de chanson, les sonorités inattendues car distordues, les mots murmurés ou assenés comme des sentences : « Guitar » …et on se revoit, mimant la guitare, sur le final de la version album de « Batdance ». Et puis ces touches de synthé « wonderiennes » en fin de parcours. Bref, un petit bijou qui, je pense, doit faire l’unanimité. S’il maintient, comme depuis quelque temps, le premier titre de l’album comme premier titre de concert, ça va déchirer en live ! Numéro 3 sur ma « choc liste »
LOLITA
En fait la partie continue et malgré son peignoir et ses sandales qui font quand même « vieux garçon aisé sur le retour montrant ses estampes japonaises », il arrive à « lever » une jeunette (Faut dire que tout le monde est en peignoir aussi). Or la jeunette est vraiment très jeune, rapport à « Papiers SVP ». Bon là je dois faire un break pour faire de l’introspection :
Il ne t’arrive jamais depuis quelque temps de guetter dans l’œil d’une jeune fille un attrait quelconque pour ta petite personne, en te disant soit : « ah, elle m’a regardé en souriant, je fais encore mon petit effet » ; soit : « oh, elle m’a regardé d’un air style qu’est-ce qu’y me veut ce vieux con, encore un obsédé ». Car en fait tout est là, Prince a dépassé les 45 ans et quoi qu’il fasse, il a franchi une étape psychologique importante pour nous les hommes, celle qui fait qu’on bascule de l’autre côté d’une « certaine barrière ». On ne sera plus jamais un jeune homme malgré tous les efforts possibles et imaginables. Ca n’empêche pas de naviguer sur le fantasme de l’homme mûr et de la jouvencelle cher à Nabokov. Bon, il fait ça avec style (Franck et Ava, Dom Pérignon, Caviar, Cadillac rose), mais le fait est là que ne donnerait-il pas pour faire la danse du singe avec elle. Il a beau dire et répéter qu’il ne sera pas infidèle, ça le démange grave, pas la peine de nous leurrer avec ses « c’mon let’s dance ». Prince serait-il en pleins doutes sur son charme ravageur ? En tous cas, c’est assez « hot » pour le coup, un « témoin » qui veut avoir une gamine « sur le bout de la langue » ça fait désordre. Mais c’est vrai qu’aux Etats Unis, ils sont pas comme nous, dans le trip « visiteur à petite valise au discours lénifiant » qui vient vous faire ch…un dimanche matin !
Le thème musical est à l’image du côté « pétillant » de la chose, c’est joyeux, printanier et ça incite à claquer des doigts. Et puis il y a ce petit gimmick au synthé vite retenu, et qui ressemble à ceux qui ont fait tout le sel de titres comme « Take me with u » ou « Raspberry Beret ». C’est sûr, c’est pas tout à fait du même niveau mais ça se chantonne très facilement et ce sera peut être le prochain single s’il y en a un. J’aime assez aussi le passage parlé « latinos » (avec riffs de guitare) qui revient de temps à autre dans ses chansons. Il y a tout de même un certain décalage entre la musique et le texte, d’un côté un thème musical somme toute « juvénile » et de l’autre un texte assez ambigu et qu’on peut prendre au deuxième degré («tu es bien trop jeune pour venir jeter un œil à ce que je cache », «il y a bien longtemps, nous aurions été les…chut », «imagine moi sur le bout de ta langue »). Jéhovah a beau être passé par là, ses jeunes années assoiffées de sexe ont laissé des traces indélébiles. En même temps c’est relativement courant dans ses textes, c’est surtout le contexte dans lequel c’est écrit qui est intéressant.
TE AMO CORAZON
Changement d’atmosphère et le titre vient un peu calmer les esprits après ce démarrage en fanfare. Le morceau fait d’ailleurs un tout autre effet par rapport à celui ressenti lors de sa sortie anticipée et au clip qui même s’il était sympa ne laissait pas un souvenir impérissable. Là, les notes graves de saxo mêlées aux cordes toujours scintillantes de C.FISHER et aux touches légères de piano reposent du coup de batte pris au ventre par 3121 et du coup de chaud de cette « Lolita ». Bon le texte c’est pas du Baudelaire, ça c’est clair, j’enfonce une porte ouverte et je pense qu’un élève de sixième suffisamment imaginatif aurait pu l’écrire. Mais c’est la mise en musique qui donne tout son charme au texte et surtout le clip. Alors je sais pas jusqu’à quel point il a travaillé le titre et s’il en voyait déjà les images en l’écrivant. D’un autre côté, le clip laisse entendre que la relation est terminée (décès ou départ), alors que le texte est sans équivoques, il a trouvé l’amour et il est comblé. En même temps, je ne peux m’empêcher d’essayer de lire entre les lignes, quand il dit : « Enfin je peux te dire ce que je sais depuis si longtemps, mon cœur réclamait à grand cris de chanter cette chanson », parle t-il de Manuela qui, si je ne m’abuse, fait partie de l’entourage princier depuis de nombreuses années.
Sinon, même s’il a fait mieux en matière de déclaration – « The One » – je trouve la chanson assez touchante (une déclaration reste une déclaration si simple soit-elle), sorte de petite bossa-nova alanguie, avec quantité de sonorités très agréables et comme elle est courte, elle fait le lien parfait avec la suite.
BLACK SWEAT
Ce texte me pose problème !  Je ne peux pas croire qu’il évoque simplement le fait qu’il va donner une leçon de danse à un couple. Car il s’agit bien d’un couple auquel il s’adresse ? Premier couplet à Madame, Second couplet à Monsieur, puis à nouveau Madame. Madame, j’veux pas me déshabiller, j’veux pas t’exciter, j’veux pas te provoquer, MAIS, je suis « hot », (autrement dit un chaudard), c’est plus fort que moi (le groove), rien à foutre des autres, j’ai un job ( ???) à faire !  Belle entrée en matière et quel est-il ce job ? PREPARER DE LA SUEUR NOIRE. C’est là que j’ai un problème. De la sueur noire ça n’existe pas à moins d’avoir mis beaucoup de rimmel, donc veut-il dire : de la sueur DE noir ? Je n’ose pas croire ce que j’écris et pourtant je ne peux m’empêcher d’y penser. Prince serait-il tombé dans les clichés sur l’homme noir vecteur d’une sexualité débridée et d’une supériorité en la matière sur l’homme blanc. J’en tremble, dites moi pas que c’est pas vrai !
Monsieur, j’veux pas te foutre la honte de ta vie mais cache ta femme, de toute façon j’vais te montrer comment faire car décidément t’as pas la technique !  Dites moi que je rêve où il en rajoute. Devoir cacher sa femme parce que sinon elle va succomber : « c’est plié ! » Là encore, me trompe-je où il évoque à mots couverts une certaine supériorité « physique » des blacks sur les blancs ? Non….. il est au dessus de ça et puis il le dit : je connais une toute nouvelle danse… c’est donc juste une histoire de danse. Bon, mais c’est quand même ambigu, on dit souvent que les noirs ont le rythme dans le sang et pas les blancs, Non ?  Madame, tu peux t’la jouer, j’vais t’adoucir et tu vas crier comme une dame (femme) blanche quand je compterais jusqu’à 3 !  Bon, me goure-je où il enfonce le clou (si j’puis dire). En clair il lui dit : ma p’tite, je vais te mater et en plus je vais te faire crier. Merde c’est pas possible, encore un cliché, celui de l’homme noir et de la femme blanche qui est censé être un interdit qui ne devait pas, à une époque, être franchi, où s’agit-il à l’inverse, du fantasme, justement, de la femme blanche rêvant d’un étalon d’ébène qui la fasse chavirer !
Ouais…bon…ressaisis-toi, arrête tes élucubrations, c’est juste une chanson sur la danse, d’ailleurs tout ça est balancé sur une rythmique très moderne et très percutante, avec quand même des « tambours tribaux » confirmant sa « blackitude ». On ne peut, c’est vrai, s’empêcher de penser à KISS surtout dans l’utilisation du noir et du blanc…mais c’est pas vrai qu’y remet le couvert, tu vas te taire à la fin !
INCENSE & CANDLES
La tension retombe et on repasse à quelque chose de plus feutré et de plus « érotique » ! De l’encens, des bougies, et notre ami qui attend toute la nuit pour chanter une chanson censée mimer l’acte d’amour. Joli programme. Sursaut de virilité ? il la prévient : « Je possède une chose que tu ne sauras pas manipuler » Pas sûr ! il parle peut être de son âme, bien qu’il veuille le faire toute la nuit. Mais non, après c’est truffé de doubles interprétations (ne lisez pas ce que je n’ai pas écrit, hein…). Agissons en adultes, en clair, le temps du paluchage est terminé ; sur la piste de danse ou sur la table, choix pour le moins dangereux dans les deux cas ; allusion directe à sa virilité « Quand on essaie de me séduire, ça monte, encore et encore ». En fait, Prince serait devenu un adepte du tantrisme que ça ne m’étonnerait qu’à moitié, il l’empêche de se déshabiller entièrement et lui rappelle que son esprit ne reniera jamais ce que son corps sait, dont acte. Jouissons sans nous toucher !
Là, il y a un intermède bizarre et assez sibyllin, c’est quoi ce truc brillant comme des jantes de voiture, et cette histoire de voie lactée et pourquoi crier : Prince, tu es divin ! Peut être qu’il veut simplement la glisser dans des draps de satin, chercher la voie lactée…ben j’veux pas employer des mots cochons, alors…disons qu’il veut chercher la voie du Plaisir et là…ben elle peut plus résister : « Prince, tu es mon Dieu ». Bon j’sais que nous les hommes on est assez gouvernés par ce qui nous pend entre les jambes, c’est même pas à démontrer, c’est une évidence, mais alors lui c’est quand même le champion. Mais aussitôt, il souffle le froid : « Respect au créateur, à Maman, à celui qui ne pêche pas par la parole » (au passage, j’aurais pas traduit « Booty » par « nourriture saine » mais par « fesses » bien que…). Suit une extrapolation sur l’errance et l’attente avec au final la promesse de la bougie de Prince, mais seulement sa senteur…On en revient finalement à une relation basée sur des sens autres que « bassement » sexuels, mais véritablement à la base d’une harmonie issue d’une certaine spiritualité. Le dernier couplet est dédié à l’unité (pyramide), à la pureté (fleurs, diamant) et aux conseils (d’un expert ?) en matière de désir retrouvé. Il a du beaucoup lire en ce moment notre ami et il a du loucher vers des écrits hindous ou tibétains, ma parole.
Alors la musique dans tout ça me direz-vous ? Ben y s’est pas cassé la nénette, il a bien écouté ce qui passe à la radio un peu partout en matière de « hairainebille » et il s’est dit : « sûr que je peux faire aussi bien, si ce n’est mieux que tous ces petits faiseurs qui se la jouent aujourd’hui, alors qu’ils me doivent tout ! ». Donc, ça « roulotte » tranquillement, dans la bagnole ça passe très très bien, à la longue ça devient même franchement agréable sans que ça remue les tripes bien sûr, ça c’est pour après, mais pas tout de suite !
LOVE
Toutes les femmes sont-elles aussi exigeantes, inquiètes, crédules et capricieuses qu’il le laisse entendre dans les premières lignes de ce sixième titre ? Parce qu’on sent vraiment de l’exaspération là, Stop, stop, stop, stop ! Quatre fois il le dit le mec, c’est qu’il est assez vener quand même. Puis petite leçon en quatre phrases toute simples sur ce qu’est l’Amour !
Toutes les femmes sont-elles des Marie-couche-toi-là, des croqueuses d’hommes, des manipulatrices, comme il semble le décréter dans le deuxième couplet. Parce qu’attention j’vais me fâcher, te foutre dehors et tu sais ce que tu vas perdre. Nouvelle leçon !
Toutes les femmes sont-elles fausses, hypocrites, fatigantes, susceptibles ? c’est en tous cas le sens de son troisième couplet. Et avant de marteler la leçon du jour, il l’invite à y réfléchir et à s’envoler avec lui vers les sommets de l’Amour.
Alors bien sûr, toutes les femmes sont loin d’être comme ça (enfin surtout d’avoir toutes ces caractéristiques en même temps…) mais il faut bien reconnaître qu’il a cerné en quelques phrases la majorité de ce que les hommes reprochent souvent aux femmes. Bien entendu je m’inscris totalement en faux contre tout ça, ma femme est formidable, elles est d’ailleurs derrière moi à contrôler tout ce que j’écris… A écouter, on ne se doute pas de tout ce qu’il dit quand même, surtout quand on est pas bilingue, parce que le morceau est très sympa, très funky, moi je trouve le rythme très accrocheur et il suit parfaitement le précédent en montrant que, quand même, s’il peut faire aussi bien que les autres, il peut surtout faire beaucoup mieux et être innovant. J’adore le refrain !
SATISFIED
Là pardon ça démarre très fort, c’est chaud, ça laisse transpirer le sexe et ça colle parfaitement au style “soul/bluesy” du titre que j’apprécie vraiment. Les phrases sont on ne peut plus claires, il veut être seul avec elle et va lui en faire voir de toutes les couleurs. Plus qu’une sieste crapuleuse, ça va être « a torrid night » : « Oh tu vas être comblée dans peu de temps ». C’est pas une sollicitation, c’est une sentence !  Et là ô surprise, v’la t’y pas qu’il y revient avec son tantrisme : « je ne te parle pas de quelque chose de physique ». Non, apparemment il veut juste l’amener à penser à certaines choses (inavouables) qu’elle n’a jamais osé faire. Ouh la ça se corse. Il dit qu’il va chercher un trésor caché, donc va falloir s’employer, aller au delà de ce qui est permis, c’est presque une question de survie !  Et là il porte l’estocade ! Il sait qu’elle a un autre amant, MAIS c’est qui l’chef ici ? Alors vice suprême il lui promet “la petite mort”, ni plus, ni moins, à savoir une jouissance si intense, parait-il, qu’on a l’impression de mourir et de sortir de son corps. Aurait-il lu Georges Bataille qui invente cette expression dans son roman « Madame Edwarda » ? (Marrant parce qu’il a écrit aussi « Dirty »). Enfin, on peut dire que l’harmonie est totale entre le style musical « ballade bluesy » aux accords si souvent utilisés mais toujours efficaces avec cette voix qui n’appartient qu’à lui, et un texte très suggestif mais qui reste « audible » pour toutes les oreilles. Fini les « s**k » et « f**k » et c’est peut être pas plus mal, car au stade de sa vie actuelle, qu’elle soit personnelle ou musicale, truffer un texte de ces mots ne le servirait sans doute pas !
FURY
Parabole sur la rançon du succès, FURY met l’accent sur ses conséquences dans une relation entamée avant cette gloire, relation qui s’étiole avec la notoriété. Ca peut pas être autobiographique ou alors il l’a écrite en 83 ! Pure fiction alors ? Pas si sûr ! Y-aurait-il de l’eau dans le gaz entre Mani et lui ? Doit-on y voir des analogies avec son aventure actuelle ?  Si ça l’est pas c’est une réflexion intéressante sur le détachement que peut entraîner une notoriété non partagée et qui peut perturber ou casser une relation. Il y a comme un sentiment de résignation dans son texte qui se ressent aussi dans les tonalités de sa musique, avec une sorte de crispation ou de retenue que je n’arrive pas à définir et qui se traduit peut être dans les instruments qui semblent bridés voire saturés. Les synthés par exemple (sans allusion « druckerienne » aucune) sont…comment dire…constipés ! désolé c’est le seul mot qui m’est venu à l’esprit. Bref, au début j’aimais bien le titre, rapport à la prestation du Saturday Night Live, maintenant moins !
THE WORD
Athée inflexible, je me garderais bien de formuler toute explication ou interprétation d’un texte visiblement inspiré par quelque chose qui me dépasse. Le chemin vers une quelconque foi est je suppose une affaire personnelle qui ne souffre pas la critique. Je dirais simplement que son texte est plus positif : (« Debout, agissons, aucune raison de sentir mal à l’aise ») que la musicalité du titre qui, elle, est plutôt empreinte de tristesse et qui, personnellement, me touche profondément, c’est toute l’ironie de ce titre. Je ne m’attacherais donc pas au texte qui d’ailleurs d’un strict point de vue « sémantique » est très riche et certainement significatif pour le lecteur qui partagera ces écrits. Après, que ce soit Dieu ou Jéhovah qui l’ait inspiré… Musicalement c’est le titre que je préfère, et il fait partie, à mon sens, de la dizaine de titres qui font « l’artiste » PRINCE, au même titre que quelques œuvres majeures font un grand sculpteur ou un grand peintre. C’est insoupçonnable, la mélodie peut sembler banale mais c’est la conjonction des différentes sonorités (percussions, guitare, cordes, sax) qui forme une unité puissante et hypnotique qui m’a pris aux tripes dés les premières secondes. L’exaltation du refrain et le sentiment d’élévation qu’il donne est, c’est vrai, lui aussi très prenant et pour un peu on se laisserait convaincre et emporter. J’aimerais avoir le sentiment d’une personne « croyante » sur cette chanson et sur le sens qu’il ou elle lui donne, car je suppose que la Foi s’exprime difficilement par de simples mots.
Et cette guitare toute en retenue. Je n’en dirais pas plus, j’aime trop cette chanson…trop forte…
BEAUTIFUL, LOVED & BLESSED
Alors ? là encore, récit autobiographique ou pas. Parce que la petite là, TAMAR, on l’avait jamais vue avant, personne ne la connaissait, si je ne m’abuses ! Alors Prince aurait-il joué du tour à poterie et pétri cette donzelle avec ses petites mains. A le lire (c’est elle qui parle), elle n’était qu’un vulgaire morceau d’argile qu’il a travaillé pour en faire un être vivant pleinement son existence. Ce ne serait pas la première fois que Prince joue les « Pygmalion » et lance une nouvelle artiste, il y en a eu beaucoup d’autres, pas forcément des réussites, mais tout de même, c’est une constante chez lui et ç’est pas pour lui déplaire je pense. Mais elle lui dit bien aussi, pas d’excès de pouvoir ou de désir, elle a appelé de ses vœux cette naissance mais maintenant elle veut voler de ses propres ailes. Avait-elle des problèmes « d’estime de soi » qu’il a levé en la « fabriquant » ? Bon je sais j’extrapole un peu mais il y a toujours un peu ou beaucoup de soi dans une chanson, non ? Enfin, ça va mieux puisqu’elle : Belle, aimée et bénie !
Bon, allez, Monsieur Nelson, installez-vous sur ce divan et dites moi tout : « ben, la pression j’en ai un peu marre, vous savez, entre Puff, Jay, R, U ou Pharell, c’est pas facile ici de rester le meilleur ! Bon l’autre il est passé du côté obscur maintenant, donc pour lui la tarte est cuite, il a même vendu son parc d’attraction, mais les jeunes y z’ont les crocs ! En plus attendre 25 ans pour entrer au Rock’roll Hall of Fame, ça fout les boules » Mais c’est une magnifique consécration ! Non ?  « Ouais c’est sûr, faudrait peut être que j’écrive mon histoire d’ailleurs, j’en aurais des choses à raconter, des vérités à démentir, des inconnues à révéler, c’est vrai on a dit beaucoup de choses sur moi, mais peu de gens me connaissent vraiment, je pense qu’ils seraient surpris. Je suis quelqu’un de très simple, j’veux juste être heureux et faire de la musique. Tout le reste c’est une façade pour me mettre à l’abri !  Bon ce sera tout pour aujourd’hui vous êtes : Beau, aimé et béni !
Une belle chanson avec une dernière minute dont on voudrait qu’elle ne s’arrête jamais.
THE DANCE
Alors là RESPECT TOTAL, cette chanson frôle la première place et d’un cheveu ! J’aurais voulu écrire ces lignes et si j’étais une femme j’aimerais qu’on me les écrive. Je peux rien dire sur cette chanson, elle est trop belle, j’vais juste la citer un peu :

« Je ne veux pas te donner mon amour car je ne veux pas par perdre la tête
Je ne veux pas te donner mon amour car si je le fais ce sera la dernière fois
Car je ne veux plus jamais être dans un tel état  si je n’ai pas ton amour
Je ne veux pas être ton ami je ne veux pas que l’on soit ami
Je ne veux pas tenir ta main non, je veux juste te suivre partout
Je ne veux pas te voir danser car je ne veux pas prendre le risque de tomber amoureux de toi »

J’arrive pas à définir le style musical, sud-américain ou pas, mais l’alchimie est parfaite et le final grandiose.
GET ON THE BOAT
Bon la dernière j’ai rien grand chose à dire ! D’abord parce que j’ai déjà été suffisamment long comme ça ! Ensuite parce que musicalement c’est le bon gros titre qui finira les concerts dans une jam-session terrible ça c’est couru d’avance ! Et enfin parce que côté texte c’est assez consensuel et…bateau si j’ose dire ! Peut être l’allusion voulue ou non sur les « Boat-people » mais ça paraît trop gros !